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The Kandinsky Effect, Pax 6 (Ropeadope Records)

Nul besoin d’être un expert en art abstrait pour aborder la musique de The Kandinsky Effect. Le trio explore les frontières entre jazz, rock et electronica en ouvrant sans concession sa musique au plus large public. Il nous convie ainsi à de surprenantes synesthésies, dans un univers tout personnel et suggestif, comme le faisait le peintre russe en associant (malgré lui et depuis sa plus tendre enfance) les sons et les couleurs.

Avec ce quatrième opus, le groupe poursuit son triptyque commencé en 2010 avec The Kandisky Effect puis Synesthesia et Somnambulist. Imaginé au départ comme une expérience electro-jazz, la trio a forgé au fil des tournées en Europe, en Amérique du nord et en Asie, une identité singulière. La section rythmique, avec ses variations breakbeat, évoque aussi bien les expériences tachycardes d’un Aphex Twin,  que les compositions sombres et oniriques d’un Meshuggah. Les lignes de basse invitent au voyage et dilatent le temps pour mieux nous plonger dans une hypnose électrique. Le saxophone, enfin, stratosphérique, délie des phrasés qui restent suspendus, jouant sur la texture du son et les couleurs harmoniques pour dépeindre des paysages qui laissent la part belle à l’imagination par la suggestion de formes abstraites.

La formation basse-batterie-saxophone, qui est loin d’être la plus évidente, tient ici par le parfait équilibre entre les musiciens, chacun insufflant son énergie propre au trio (même si à notre sens, la basse mériterait d’être mise plus en avant dans le mix). Le recours aux effets participe à coup sûr à la cohésion de la formation et à la richesse de ses titres ; c’est presque un quatrième membre virtuel du groupe (animé par chacun des instrumentistes) qu’il faut concevoir pour appréhender pleinement les compositions de TKE.

Pax 6 poursuit une exploration polyrythmique entre electro abstraite, math-rock et thèmes pop sophistiqués. L’opus s’ouvre sur un trompe l’œil musical avec « Music Box », pour nous entraîner rapidement dans des titres à l’atmosphère plus intrigante (« defective bleeding »). La musique reste à chaque instant accessible, et si les signatures rythmiques et les loops schizophrènes de la section rythmique sont complexes, l’on n’a de cesse de battre du pied d’une piste à l’autre, le groupe réussissant à merveille à conserver l’attention par ses mélodies et ses ruptures de tempo. « This is one for you » développe son thème pop accrocheur à la basse, quand « Re:Jungle » nous transporte en apesanteur entre lignes de saxophone méditatives et batterie déliée. Le trio démontre à nouveau sa capacité a combiner boucles d’inspiration électronique, presque mécaniques, effets avant-gardistes, et sons organiques qui sont mis en lumière dans ce contraste clair-obscur (écouter à ce propos le titre « Loops »).

Entre Paris et New York, ce trio contemporain continue à bousculer et à explorer les frontières du genre, dans une tradition toute jazzistique – n’en déplaise aux « puristes » - dont on ne peut que se réjouir !

Warren Walker – Saxophone ; Gaël Petrina – Basse ; Caleb Dolister - Batterie

Chroniques - par Xavier Leblanc - 18 septembre 2017


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