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Preservation Hall Jazz Band, So It Is

C’était quelques années avant que Katrina ne sévisse. Etre à La Nouvelle Orléans pour quelques jours sans envisager une visite éclair au Preservation Hall était inimaginable malgré des doutes. Hélas, que cette musique indéfinie pour touristes en goguette était tristounette ! On en vient donc à se demander pourquoi le producteur Davis Andrew Sitek, issu du groupe TV On The Radio, et les musiciens Ben Jaffe (bass) et Charlie Gabriel (sax ténor et clarinette) ont tenu à appeler leur formation Preservation Hall Jazz Band ? Pour garder la mémoire du lieu ?

Par chance, le répertoire totalement original (les signataires sont pour l’essentiel Ben Jaffe et Charlie Gabriel) s’évade de l’image poussiéreuse pour épouser les sons des Caraïbes qui innervent la bande sonore de la ville depuis le 18° siècle. Déjà aux temps de Jelly Roll Morton, on parlait de la « Latin Tinge » et, dans les années trente, Louis Armstrong proposait des versions enjouées et fort créatives de « La Cucaracha » (un joint, en argot mexicain) et de « The Peanut Vendor » ( « El Manisero » de Moisès Simons dont la version originale est lancée à New York  par l’orchestre cubainde Don Azpiazu ).

Finalement, c’est une certaine idée de la ville qui s’impose ;  remontent à la mémoire les albums du Professor Longhair, de Doctor John, d’Allen toussaint, des Neville Brothers ainsi que les brass bands de la série TV Treme. Oui, l’esprit général de So It Is est bien celui de ces brass bands (ici, deux sax, trompette, trombone, avec des percussions), ces fanfares au style débridé qui donnent envie de déambuler à leurs trousses. C’est que l’histoire de la ville a généré une musique métissée qui emprunte son vocabulaire au jazz, sa vitalité à la musique black et ses déhanchements rythmiques à la musique latine (sans aller dans les pas et la scansion salsa déployés par le label Fania).

 « Mad » est très carnavalesque, «  One Hundred Fire » creuse l’esprit des fanfares de rue et celle des nuits moites de la Nouvelle Orléans, «  Convergence » lorgne plus vers  Professor Longhair et Dr John. Loin d’être un album essentiel, So It Is a une carte en or en main : il met l’auditeur de bonne humeur ; seul regret : la production trop léchée fait qu’il  manque juste d’un brin de folie.

Chroniques - par Philippe Lesage - 20 août 2017


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