Charles Lloyd New Quartet - Passin' Thru (Blue Note/Universal)


Charles Lloyd, c’est un des plus beaux sons qui soit au saxophone ténor et on ne cache pas avoir aimé les albums phare des années soixante et soixante - dix et ceux parus chez ECM lors de la dernière décade. Alors, comment rester objectif face au dernier opus d’un octogénaire toujours vif argent, qui a bon pied bon œil, d’autant qu’il remet le couvert en « live » avec le New Quartet ?


A la lecture du répertoire de lPassin’ Thru, on note que parmi les sept compositions de la plume du saxophoniste, cinq sont des reprises de thèmes anciens (« Passin’ Thru », « Dream Weaver », « Part V : Ruminations », « How I Can Tell You », et «  No Blues »). D’où un questionnement : s’agira-t’il d’un ressassement, d’une permanence dans la pensée systémique hindouiste ou d’une cure de jouvence en vibration avec les ondes du public ? Qu’on se rassure : un artiste de l’envergure de Charles Lloyd ne sombre jamais dans la facilité et qu’il ait eu envie de revitaliser son livre d’or est somme toute une bonne idée.


Que relève-t-on qui soit significatif outre la relecture des cinq compositions sus-mentionnées ? La reformation du New Quartet qui avait vu le jour dix ans plus tôt, l’entente miraculeuse du leader avec le pianiste Jason Moran, le contrebassiste Reuben Rogers et le batteur Eric Harland, l’enregistrement «  live » gorgé d’énergie et le sentiment d’urgence qui s’en dégage. Comme Charles Lloyd reste toujours écartelé entre prière transcendantale et immanence terrienne, entre hypnotisme modal et enchantement mélodico-rythmique qui baigne dans la soul music, selon l’humeur de l’instant, on privilégie un aspect plutôt que l’autre ; en ce qui me concerne, le bavardage mystique sur circularité modale commence à me fatiguer.


Depuis le quartet formé avec Keith Jarrett, Cecil Mc Bee et Jack Dejohnette, Charles Lloyda toujours su s’entourer de sidemen plus jeunes qui puissent le pousser dans ses retranchements. Vérification est faite : la rythmique impressionne par son inventivité et sa souplesse,  Jason Moran est constamment en état de grâce. Il y a là un vrai pouvoir de séduction, principalement dans les plages accessibles à tout auditeur dans l’instant («  Nu Blues », « How I Can Tell You », « Tagore on The Delta » et « Passin’ Thru »).


La plage d’ouverture « Dream Weaver » a été enregistrée au Festival de Montreux le 30 Juin 2016. Son premier enregistrement date de 1965. C’est une plongée sous influence coltranienne, une suite modale ascensionnelle, lyrique, où Jason Moran brouille les harmonies avant le surgissement d’une belle mélodie à 6’30 mn après la déflagration initiale. Le climat devient alors plus apaisé tout en restant calé sur un fond incantatoire. On irait jusqu’à écrire qu’elle n’est, finalement, pas si intéressante que ça, cette version, tant elle est involontairement une démarque des essais du grand John Coltrane.


Toutes les autres plages viennent du concert enregistré à Santa Fé le 29 juillet 2016. « No Blues », plus noir, plus jarrettien, donne envie de siffler la mélodie et c’est très beau alors que « How I Can Tell You » est une ballade bien dans la veine coltranienne . Dans « Tagore On The Delta », Charles Lloyd tient un discours magistral à la flûte sur un soutien de Jason Moran dans les cordes du piano ; le climat est tel qu’on se dit que les Temptations vont débarquer.  « Passin' Thru », qui fut enregistré pour la première fois en 1963 par la formation de Chico Hamilton, laisse affleurer un calypso que n’aurait pas dédaigné Sonny Rollins. Le thème final « Shiva Prayer » est une ode à une amie disparue ; c’est une méditation sobre et nostalgique, peu novatrice musicalement mais sincère et touchante.

Chroniques - par Philippe Lesage - 13 août 2017


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