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Indispensable!

Roscoe Mitchell, Bells For The South Side (ECM)

C'est à l'occasion des cinquante ans de l'Association for Advancement of Creative Musicians – AACM – que fut enregistré le double disque Bells For The South Side au Museum of Contemporary Art de Chicago. Le saxophoniste et multi-instrumentiste Roscoe Mitchell a ressemblé quatre trios formant un ensemble de neuf musiciens pour la réalisation de onze pièces musicales. Axées sur les différents aspects spatiaux, les compositions explorent une très grande variété de timbres et de modes de jeu. Pendant environ deux heures, l'auditeur est invité à entrer dans une musique peu conventionnelle aux multiples facettes.
L'absence de repère peut en dérouter plus d'un. Ici, il n'est plus question de pulsation, de tempo ou encore d'accord. Le son en tant que matière est au centre de l'attention. D'autres règles régissent alors la forme des pièces ainsi que le discours de la musique écrite comme improvisée. La frontière entre ces deux dernières est d'ailleurs extrêmement mince.

Ce type de musique demande une écoute particulière entre effort d'attention et lâcher-prise. Si on ne fournit pas une écoute en éveil, on risque de passer à côté de l’œuvre, cependant la densité d'information et la complexité des timbres nous imposent de laisser notre attention être guidée par la musique. C'est un état d'écoute qui requiert une certaine mise à disposition dont nous ne sommes plus trop habitué aujourd'hui. Il est d'ailleurs important de souligné le parti pris d'ECM de publier l'enregistrement d'une telle performance. Il est rare, à l'heure actuelle, de voir de nouvelles publications demandant un tel niveau d'écoute, là où la majorité d'entre-elles privilégie l’immédiateté. Une fois cette adaptation faite, il est alors possible d'entrer dans l'univers de cette musique.


L'absence d'une pulsation peut donner une impression de monotonie au premier abord. En réalité, c'est une très grande diversité que l'on retrouve au sein de ces deux disques, tant du côté des émotions que des sons. Le premier titre Spatial Aspect of the Sound offre une place privilégiée au silence. En plus du travail sur les sonorités et l'espace, ce sont les notions d'impacts et de résonances qui articulent ce titre. Une aura mystique et austère se développe tout au long de la pièce. Les grelots prendront le pas sur le silence avant que celui-ci retrouve sa souveraineté et nous guide vers une conclusion étonnante.
Chaque morceau possède son mode de construction et de développement créant une certaine dynamique tout au long de l'album. Les improvisations ainsi que les pièces en trio offrent notamment des regains d'énergie assez impressionnant – la batterie enragé de « Panoply » ou la seconde moitié de « Dancing in the Canyon ».


 L'ajout de son électroniques à l'ensemble acoustique crée aussi de nouvelles perspectives comme l'atteste le titre « EP 7849 » et ses considérables masses organiques. « Red Moon in the Sky » propose une autre assimilation entre sons électroniques et acoustiques tout aussi convaincante. L'ensemble de l’œuvre contient tellement de situations, d'atmosphères différentes qu'il n'est pas réellement possible d'illustrer l'ensemble en quelques paragraphes.
Bells For The South Side se clôt sur une fin qui nous a laissé quelque peu perplexe avec la fameuse composition de Roscoe Mitchell, « Odwalla », que l'on retrouve sur plusieurs disques de l'Art Ensemble of Chicago. L'arrivée du thème provoque une fracture très surprenante avec le reste de l’œuvre. Bien que l'effet de surprise soit efficace, la présentation des musiciens donne un côté générique « happy ending » à une pièce qui, selon nous, n'en avait pas forcément besoin.

Ce double disque propose une expérience à part entière particulièrement prenante si l'on fait l'effort d'y entrer. Cette musique demande un certain temps, une certaine assimilation entre elle et l'auditeur. Vous ne regretterez cependant pas d'avoir pris ce temps-là. C'est une musique qui se consomme sur le long terme et qui, par sa démarche dans le contexte actuel, marque particulièrement.

Roscoe Mitchell : saxophones sopranino, soprano, alto et basse, flûte, piccolo, flûte à bec basse, percussions / James Fei : saxophones sopranino, alto, clarinette contre-alto, électroniques / Hugh Ragin : trompette et trompette piccolo / Tyshawn Sorey : trombone, piano, batterie, percussions / Craig Taborn : piano, orgue, électroniques / Jaribu Shahid : contrebasse, basse, percussions / Tani Tabbal : batterie, percussions / Kikanju Baku : batterie, percussions / William Winant : percussions, cloches tubulaires, glockenspiel, vibraphone, marimba, roto toms, cymbales, grosse caisse, woodblocks, timbales

Chroniques - par Paul Albenge - 31 juillet 2017


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