Andy Emler, Running Backwards

Andy Emler est un ogre. On ne parle pas de sa stature imposante, c’est sur son appétit musical insatiable qu’on disserte. Une gourmandise qui le fait cheminer des touches ravéliennes au rock progressif en passant par un jazz moderniste traversé des ingrédients des musiques nouvelles. Dans les opus d’Emler, il n’y a rien à jeter et il est rarissime que des passages laissent indifférent. C’est souvent puissant, jamais emphatique, parfois rigolard, souvent ironique et toujours en symbiose avec l’air du temps et les questionnements philosophiques.


Le préambule de la chronique souligne les influences et les pôles d’écriture mais qu’on ne fasse pas erreur : le pianiste Andy Emler et ses affidés Marc Ducret, le guitariste, Claude Tchamitchian, le contrebassiste et Eric Echampard, le batteur, sont d’abord et avant tout des musiciens de jazz. Dans ce disque enregistré dans les conditions du «  live » aux studios de La Buissonne, donc avec une liberté de ton et de jeu assez réjouissante,  on découvre sept pièces d’une suite aux formes et structures mouvantes.


De la plage d’ouverture« Sphinx 2 » - où  Ducret semble poser une question primordiale - à «  Watch Your Back, Darwin…I Mean » - qui semble tirer la synthèse de tous les climats et sentiments traversés – les musiciens laissent entendre qu’ils sont « inspirés par un constat négatif et une vision pessimiste des comportements humains ; par cette évidente sensation que l’humanité régresse » ( dixit Emler »). Même s’il n’est pas facile de décoder le concept de base qui sous-tend le projet sans lire les titres signifiants des compositions, on note aisément à l’écoute qu’il s’agit d’une musique de l’intranquillité ( pour reprendre le titre d’un livre du grand écrivain portugais Fernando Pessoa),  d’un cri parfoisagressif, souvent violent, chargé de colère ( le drumming puissant, les notes saccadées du piano, les zébrures de la guitare…). Ceci admis, les sept compositions ne sont nullement des chants désespérés et désespérants, ils sont plutôt porteur d’une énergie vitale et du refus d’un certain somnambulisme citoyen. Et c’est beau. Point barre.

Chroniques - par Philippe Lesage - 29 juin 2017


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