Immanquable!

Youn Sun Nah, She Moves On (Act)

La chanteuse sud-coréenne, devant laquelle nombre de critiques musicaux tombent en pâmoison, ce qui ne manque pas surprendre, aprèsun trip américain, nous offre un album intimiste à la pudeur troublante ; entre délices sucrés maniéristes et nouveaux épices poivrés.


Celle qui fit un long parcours discographique et scénique avec le guitariste Ulf Wakenius confesse, dans la presse spécialisée,  qu’elle avait ressenti ces dernières années une nécessité intérieure informulée de se confronter à d’autres univers, à d’autres sources musicales sans pour autant renier le passé récent. Si on en croit ses déclarations, elle n’avait aucun plan de travail, aucune idée précise d’album -concept en se rendant à New York et ce ne serait que par un pur hasard qu’elle aurait fait la connaissance du claviériste Jamie Saft. C’est ce touche-à-tout volubile, qui en facilitant la relation, lui aurait permis de proposer à Marc Ribot de se joindre à quelques sessions d’enregistrement. Sa chance est que ces compères de John Zorn sont toujours partants pour de nouvelles aventures hors des sentiers battus. Et la présence de Marc Ribot, ses griffures, sa sonorité bien singulière, sont une plus-value indéniable qui hisse l’album vers certains sommets.


Il fallait une boussole, savoir vers quelle ligne d’horizon voguer ? Quelle ligne esthétique et quelle couleur : pop, soulou jazz ? Et quel répertoire défendre ? Youn Sun Nah a fait le choix intelligent de retenirun minimalisme de bon aloi assis sur un trioclaviers divers dont orgue Hammond, contrebasse, batterie. Dans ce sillon de l’épure et de la sophistication dépouillée, elle a décidé de privilégier un répertoire de standards populaires, de ceux qui ontforgé la nouvelle tradition du songbook américain. Qu’on en juge : « The Dawntreader », de Joni Mitchell, « Teach The Gifted Children » de Lou Reed, « She Moves On » de Paul Simon, « Drifting » de Jimi Hendrix, à quoi il ne faut pas oublier d’ajouter « Fools Rush In », une chanson sombre du génial Johnny Mercer - ce qui est assez rare dans son œuvre -et le traditionnel « Black Is The Color Of My True Love’s Hair ». La gageure pour la chanteuse non anglophone était d’éclairer d’une touche personnelle des chansons où le texte est aussi essentiel que la musique ;  pari tenu : c’est presque un art de « diseuse » qu’elle dévoile.


« The Dawntreader » est extraite du premier LP de Mitchell et la sophistication native de Youn Sun Nah colle parfaitement à ce choix. « Teach The Gifted Children » est une leçon de groove et une lecture âpre sur une mélodie répétitive de l’imprécateur Lou Reed alors que « She Moves On » conte la dramatique séparation de Paul Simon avec l’actrice Carrie Fisher. Une version magnifique où l’orgue de Jamie Saft installe un joli climat. Le solo enragé, bien dans sa manière,  de Marc Ribot sur « Drifting » se hisse, lui, à la hauteur de la révolutionnaire œuvre hendrixienne. Quant à « Too Late » de Jamie Saft, il s'agit d'une ballade soulful attachante.

Chroniques - par Philippe Lesage - 17 juin 2017


Autres articles

Comment

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out