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Ahmad Jamal, Marseille (Jazz Village/Pias)

Pour cette période estivale, l’office de tourisme de la Canebière, fameuse artère centrale de la cité phocéenne, vient de recruter un guide hors norme, le pianiste Ahmad Jamal. Hugues Kieffer, le directeur délégué du Festival Marseille Jazz des Cinq Continents, le confirme : « On est marseillais, on parcourt la ville tous les jours et on entend à travers la musique qu’il joue, les sons et les rythmes que l’on peut retrouver dans la ville ».

L’ambiance sonore des différents morceaux varie, comme l’univers des quartiers et des arrondissements de la cité. Cette promenade dans Marseille se fait à pied, si l'on en croit le compositeur qui raconte avoir beaucoup déambulé seul dans cette cité, depuis 1989, date à laquelle il a donné son premier concert, organisé à l'Espace Julien par le jeune Aixois, Seydou Barry, toujours son producteur et principal initiateur de ce nouvel album.

La marche à pied est le mode de locomotion non assisté le plus économe en énergie, le moins stressant pour l'organisme, il permet d’apprécier dans la profondeur le voyage, comme le toucher pianistique de Jamal.

Début du périple pédestre, « Marseille » titre éponyme est proposé en trois variations. Une instrumentale « Marseille » où le roulement incessant de la caisse claire de Herlin Riley nous emmène vers le fort Saint Nicolas surplombant le port, édifié sur ordre de Louis XIV, afin de mater l’esprit d’indépendance de la ville de Marseille : les canons sont dirigés vers la ville ! Jamal joue le thème et se laisse aller vers une aventure empreinte de gravité « C'est un port ouvert sur le monde, et on sent le vent de liberté que ça apporte, l'esprit d'aventure ».

Les deux autres variations sont interprétées par les deux invités, qui ont traduit les paroles écrites par le maestro. Celle du rappeur/slammeur Abd Al Malik « Marseille (feat Abd Al Malik) » nous emmène par le travail délicat de Manolo Badrena dans l’ambiance exotique du Vieux Port, des petites rues sinueuses du quartier du Panier, avec ses buttes où l’on peut se perdre : « Marseille, je marche souvent seul dans tes rues / Et trop souvent j'y ai disparu / Marseille » Pour sa prestation, le chanteur en costume très élégant, déclame au public venu à l’opéra de Marseille pour la sortie de l’album« Je me suis fait beau pour toi Marseille »

La version sensuelle de la chanteuse Mina Agossi « Marseille (feat Mina Agossi) » parle, elle, de la féminité de la ville - « Marseille, mon cœur si seul cherche ta caresse » ;   de ses plages du Prado et de sa douceur. Mina en profite pour marier le français et l’anglais, ce qui rappelle la réponse favorite de Jamal « Pourquoi pas ! Why not ! » répétée de nombreuses fois aux journalistes qui le questionnaient sur Marseille en conférence de presse, quelques jours avant le concert.

C’est vers les sommets de la ville, là où le point de vue est le plus beau, que la belle version du standard « Sometimes I Feel Like A Motherless Child» nous élève. A la basilique de la Vierge de la Garde, souvent surnommée « La Bonne Mère »,  qui veille depuis 1860, sur tous ses marins qui partent en mer et se signent en passant devant elle. L’énergie du morceau, rappelle le souvenir des affrontements lors de la dernière guerre mondiale, le char américain « Jeanne d’Arc » toujours présent est là pour le rappeler.


Quoi de plus naturel en redescendant du rocher de la vierge de La Bonne Mère que de faire une halte par les parcs de Marseille, avec la nouvelle version de « Autumn leaves », parcs où les feuilles de platane à l’automne recouvrent les pelouses et les terrains de boules, comme au Palais Longchamp où se déroule le festival Marseille jazz des cinq continents dont ce sera la 18ème édition cette année.


Pour le reste ? L’écoute de ce musicien qui va souffler ses 87 bougies, dont on dit qu’il a deux mains droites, devrait vous permettre de continuer tout seul votre visite de Marseille et, comme lui,  y trouver votre chemin. En conférence de presse, le pianiste a déclaré plusieurs fois, tel un jeune sportif, devant son Steinway, les 12 et 13 juin : « Marseille Number One ». L'esprit du quartet était à l'amusement avec des blagues et un Ahmad Jamal, joueur, s'arrêtant de jouer, les mains dans le dos en se promenant sur scène ; croisant les bras, avant de revenir subrepticement au clavier pour se lancer dans un solo endiablé. Idem lorsqu’il indique de son index de la main gauche un changement de grille ou de tempo et que le duo rythmique composé de Herlin et Manolo, décide d’augmenter le rythme et le volume avec des rires en coin. Mais ces derniers s’arrêtent dès que le compositeur se retourne sous le regard compatissant de son contrebassiste qui semble lui dire « ah ces garnements de la rythmique ». Le bouquet final a été dans le bis, où le quartet a joué un des standards du répertoire de Jamal : « Arabesque ». Le batteur, toujours l’esprit moqueur, donc moins concentré, a raté de quelques dixième de secondes la fin du morceau et a fini « après les autres », quel sourire sur le visage du maestro, qui pendant les applaudissements a ri et s’est moqué en le chahutant !

Ses prochains concerts :

30 juin- Jazz à Vienne ; 3 & 6 juillet - Théâtre de l'Odéon, Paris. 

Ahmad Jamal : Piano, composition - James Cammack : contrebasse - Herlin Riley : batterie - Manolo Badrena : Percussions - Abd Al Malik et Mina Agossi : chants.

Chroniques - par Jean-Constantin Colletto - 15 juin 2017


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