Avishai Cohen, Cross My Palm With Silver (ECM)


Comment flotter au gré des vents comme un cerf-volant dans l’air pur entre les nuages et emprunter un voyage méditatif dans le temps et l’espace ? C’est simple, il suffit d’écouter Cross My Palm With Silver. C’est ce que propose cette musique à la fois intemporelle, moderne et enracinée signée Avishai Cohen. Chez lui, pas de honte à laisser fleurir le sens mélodique. Et il sait jouer du silence (aurait-il piqué ça à Miles ?).


Cross My Palm With Silver est le second opus du trompettiste israélien devenu new yorkais sur ECM, un label qui semble être le lieu de résidence idéal pour qu’il puisse exposer sa musique. En 2016, il avait proposé Into The Silence avec les mêmes musiciens, à savoir son copain d’enfance le pianiste Yonathan Avishai et Nasheet Waits à la batterie ; seul le contrebassiste Barak Mori est une pièce rapportée puisqu’il remplace Eric Ravis.


Il est long le chemin parcouru depuis The Trumpet Player paru en 2003 sur le label Zanzic Records. L’énergie vitale, la beauté de la sonorité toujours en bandoulière. On ne peut que noter aujourd’hui, l’équilibre des voix et le fantastique drive de Nasheet Waits sur ses fûts. Alors que les premières minutes de « Shot Me In The Leg » sont du genre échevelées, la longue improvisation finale se déploie en pure poésie en apesanteur. « Will I Die, Miss ? Will I Die » commence sur des notes perlées au piano avant que la scansion ne devienne insistante pour laisser place au son rond et puissant de trompette en un exposé qui ferait, là, plus penser à Chet Baker qu’à Miles. La mélodie s’expose, sans fausse pudeur, embellie par le son boisé de la contrebasse. Un climat de toute beauté. Pas un brin d’esbroufe. Dans « 340 Down », même équilibre des voix et même fantastique drive à la batterie.


Autant la musique de l’homonyme contrebassiste m’attire peu, autant celle de la fratrie des Cohen (le saxophoniste soprano Yuval, la clarinettiste Anat) m’enchante. La simplicité et l’ouverture d’esprit d’Avishai et de sa sœur Anat me fascinent. Cette dernière, qui est très respectée parmi les musiciens brésiliens du choro, vient de faire paraître un nouvel album (Anat cohen & Trio Brasileiro) après avoir lancé Claroscuro (avec le pianiste Jason Lindner, le batteur Daniel Friedmanet, en invités, le cubain Paquito D’Rivera et le percussionniste brésilien Gilmar Gomes). On recommande aussi chaudement Family signé de trois Cohen, où la fratrie invite Jon Hendricks.

Chroniques - par Philippe Lesage - 4 mai 2017


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