Un Poco Loco, Feelin’Pretty (ONJ Records)

Un peu fou ce trio formé par  le tromboniste Fidel Fourneyron, le clarinettiste/ saxophoniste ténor Geoffroy Gesser et le contrebassiste Sébastien Beliah ? Non, plutôt porté à la parodie et vers une douce dérision.  En choisissant de baptiser leur trio d’un titre d’une composition du pianiste Bud Powell, les musiciens mettent cartes sur table. Ils ne manquent pas d’embarquer dans leur délire la graphiste Raffaëlle Bloch qui nous pond une pochette dingue ; pour lire les titres des compositions, il faut avoir en mémoire que les écrits manuscrits de Leonardo da Vinci ne peuvent se lire qu’en les plaçant face à un miroir.

Ils sont peut-être un peu brindezingues les membres du trio Un Poco Loco mais ils ont quand même été lauréat de Jazz Migration en 2016. Fidel Fourneyron, membre de l’ONJ  est aussi intégré, comme ses deux complices,  dans des collectifs comme Umlaut et COAX. Ce qui laisse entrevoir que ce sont des musiciens aguerris ouverts à des expériences diverses et qui ne dédaignent nullement l’improvisation. Et l’humour.

Pour Feelin’ Pretty, ils passent à la moulinette les thèmes de West Side Story.  Leonard Bernstein qui ne manquait pas d’humour ne devrait pas se retourner dans sa tombe. Ce n’est d’ailleurs pas marque d’irrespect mais bien plutôt une forme de révérence à l’originalité foncière de compositions à la fois populaires et savantes, suffisamment ancrées dans les mémoires pour supporter la dérision. On aura donc droit à des relectures déjantées de six titres dont « Cool »,  « Something is comin ‘ », « America »,  «  Nowhere »,  de « I Feel Pretty » (les autres thèmes, bien en phase avec la colonne vertébrale du disque, sont signés par chacun des membres du trio). Dès les premières notes, «  Cool » décoiffe et ce début est un tel enchantement qu’on en vient à  esquisser un sourire. «  Something Is Comin’ », la seconde plage, dévoile tout le talent singulier du trio : le contournement singulier n’est nullement infidèle à la lettre et à l’esprit et il réussit à casser la gangue qui enfermait les mélodies pour en restituer la saveur vitale.

 Au-delà de la virtuosité instrumentale confondante, ce qu’il faut retenir avant tout, c’est l’humour corrosif et pince sans-rire qui ne manque pas de renvoyer aux lectures que donnait, dans les années 1970, le musicien anglais Mike Westbrook. Seul petit regret : la dimension un peu systématique de l’approche devient un peu insupportable à la longue. L’art de Un Poco Loco doit sans doute gagner en force sur scène.

Chroniques - par Philippe Lesage - 30 avril 2017

 


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