Ben SIDRAN, Picture Him Happy (Bonsaï)

Il est des petits maîtres dont on savoure les opus et collectionne les albums. Ben Sidran est de ceux-là. En disque comme sur scène, Ben Sidran, c’est la décontraction même, toute en distanciation sereine. C’est le cocktail d’une bonne dose de subtilité musicale, d’élégance britannique dans la posture et d’humour juif new-yorkais dans les textes qui assoient le charme de ce jazz-pop mâtiné d’accents be bop.

Picture Him Happy procure l’indéfinissable sentiment de retrouver un ami un peu perdu au fil des ans. A l’aune de ses meilleures réalisations des années 1970/1980, quoique un brin en-dessous, Picture Him Happy donne l’envie irrépressible de replonger dans sa discothèque pour remettre sur la platine les vinyles de la période Arista. Ils dévoilaient un musicien qui défendait un jazz blanc lorgnant vers la culture du « black talk » sans se pervertir ni perdre une once de son humour délectable.

Quoiqu’il soit auteur de thèmes originaux aux textes plein de fantaisie, Il a longtemps valorisé un répertoire à base de classiques du jazz sur lesquels il posait ses propres paroles. L’un de ses meilleurs disques, The Cat And The Hat de 1979, en est un exemple parfait, avec ses adaptations de « Girl Talk « (Neal Hefti), « Seven Steps To Heaven » (Miles Davis), « Hi-Fly » (Randy Weston) ou « Minority » (Gigi Gryce). Les instrumentistes qui l’accompagnaient alors : Steve Gadd, Abraham Laboriel, Lee Ritenour, Michael Brecker, Joe Henderson et Tom Harrell ; pas moins.

Né en 1943, docteur en sociologie (thèse sur la musique afro-américaine devenue lors de son édition : « Black Talk »), homme de radio et de TV, enseignant, Ben Sidran enregistre un premier LP en 1971 avant de rejoindre l’écurie Arista de 1976 à 1979 et d’enregistrer pour d’autres labels, ce qui lui permet de se confronter à Woody Shaw, Blue Mitchell, Tony Williams,  Richie Cole, Phil Woods, Eddie Gomez, Peter Erskine et plus tardivement, à l’orée des années 90, à  Bob Malach et Bill Peterson.

Il signe ici toutes les compositions de l’album; sauf « Was « (comme une confidence mélancolique), « When I become worth » et « Big Brother »  ("Let me give some good advice, Big Brother is watching you") qui sont de Mose Allison, une sorte de grand frère ou de miroir de lui-même, par-delà les années qui les séparent. Les deux partagent la même tessiture limitée, sont influencés par l’élocution bebop et un regard ironique sur la vie. Tout au long des arrangements, on retrouve avec plaisir les mêmes ingrédients qui font l’identité sonore de Ben Sidran : le drumming implacable, la même sonorité esthétique pop-jazz qui n’échappe pas aux inflexions des temps des boppers.

Chroniques - par Philippe Lesage - 3 avril 2017


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