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Benoît Lugué, Cycles


Se colleter à la conception d’un premier disque en tant que leader, c’est galère. Générateur d’insomnie et de doute, pour sûr. Comment ne pas sombrer dans le syndrome du jeune pianiste cubain émerveillé par tous les moyens que les producteurs lui octroient et qui ne tient pas à rater l’occasion de faire valoir tous ses dons, pour au final, mettre des notes partout et se noyer dans une mélasse sonore indigeste ? L’écoute de Cycles démontre que Benoît Lugué a su éviter cet écueil.


Il faut se rendre à l’évidence, dans Cycles, tout a été mûrement réfléchi. Du choix de l’esthétique générale (quelque part entre jazz, rock et funk)  à celui des sidemen. Le leader a fait appel à des « pointures » à la technique superlative certes mais qui ont aussi du feeling à revendre. Il suffit d’écouter les prestations du flûtiste Magik Malik, très en verve, les soli de Denis Guivarc’h (sax alto), d’Olivier Laisney (trompette), de Johan Blanc (trombone), de Matthis Pascaud(guitare) et la pulsation deMartin Wangermée (batterie) pour s’en convaincre.


En sa qualité de bassiste, Benoît Lugué ne pouvait que se montrer avide de dextérité rythmique sans pour autant tomber dans la facilité d’un groove implacable. Il n’est donc pas surprenant queses compositions personnelles arpentent des mélodies cycliques aux couleurs variées. Parmi les onze compositions, toutes de la plume du bassiste – leader, on retiendra l’énigmatique « A Circle Song » à l’atmosphère ambient music ; la jolie vignette « Adrien » ; l’enivrante mélodie du très rock« The Blue Line » et le merveilleux envol vocal et à la flûte de Magik Malik sur « Sugar Kane », un titre qui balance entre mélopée africaine et musique brésilienne.


Il n’est nullement interdit de rester de marbre face à ce style de musique mais sa générosité explosive, qui n’écarte pas un certain titillement intellectuel, appelle au frétillement corporel.

Chroniques - par Philippe Lesage - 19 avril 2017


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