Le Migou, California Love


Elle est super sympa cette pochette (artwork d’Olivier Bonhomme) comme une vignette de BD avec son lapin volant, ses cactus, son paysage désertique ; on s’attend à voir débouler une cohorte d’indiens en furie. Sympa, certes, mais elle n’en pose pas moins un questionnement double. Quelle musique derrière le titre de l’album California Love ? Une BO déjantée de western, une musique country dessalée ? Le Migou : à quelle référence puise le choix de ce nom bizarre pour un groupe musical ? Il semblerait que l’appellation fasse référence au Yéti dans Tintin au Tibet. Hergé sévirait donc encore auprès des jeunes générations !


On le confesse : California Love n’était pas classé sur le haut de la pile des disques à chroniquer. A tort. Pourquoi ? Parce que ce premier disque de six musiciens menés par le guitariste Thibaut Fontana (Bigre, The Very Big Experimental Toufibri Orchestra…) a autant de malice dans son sac que peut le laisser accroire sa pochette. L’instrumentarium, qui pour une fois ne fait pas appel aux effets électroniques, associe cordes (violon, violoncelle, contrebasse et guitares) et cuivres (trompette et saxophone ténor), avec un petit coup d’accordéon par-ci, par-là.


A sa manière, California Love est une déclaration d’amour aux grands espaces de nos lectures d’enfance et à l’americana sound. C’est la version onirique et distanciée du Far West américain, entre country, folk et blues. C’est le plaisir partagé de jouer, de s’exprimer en totale décontraction, comme assis au coin d’un grand feu de camp.  Cordes et cuivres s’entrecroisent avec une délicatesse infinie sur un groove subtil. Ne manque que l’harmonica, substitué il est vrai, de temps à autre, par l’accordéon.  C’est souple comme du JJ Cale avec une once de Ry Cooder. Parfois on se dit que John Wayne va ramener sa grande carcasse au pied de la tombe d’un ami comme dans « Scotland », cette fluide valse champêtre où résonne au loin une sonnerie aux morts. Partout, en particulier dans « California Love », s’impose le sens de l’espace, la touffeur moite et l’épaisseur du temps qui file. Comment ne pas penser au Grateful Dead à l’écoute du rock californien du très beau « NOLA » ? « Pistolero », avec ses accents de musique country déjantée, laisse défiler devant les yeux des cavalcades dans un film de Sergio Leone, mais sourire en coin.


Nos petits musiciens français restent de grands enfants. Leurs délicieux délires sont un enchantement.  Un disque à découvrir vite pour ne plus le lâcher lors des longues virées en voiture.

Chroniques - par Philippe Lesage - 17 avril 2017


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