François Couturier Tarkovsky Quartet, Nuit Blanche (ECM)

Le pianiste François Couturier poursuit avec ce nouvel opus sa trilogie entamée en 2006 chez ECM et dédiée au cinéaste russe Andrei Tarkovsky.


A l’instar du réalisateur soviétique, qui n’a eu de cesse d’explorer la frontière ténue séparant l’imaginaire du rationnel, cette « nuit blanche » se propose de nous plonger dans un état second, en immersion dans la zone trouble entre éveil et sommeil. Dans un format de quartet emprunté à la musique de chambre, François Couturier nous livre ici une œuvre dont l’écriture au formalisme classique, à l’interprétation pleine de nuance, s’abandonne par moment (et par moment seulement) à l’improvisation. Les compositions s’enchaînent dans cette suite de 17 pièces, qui comprend également le « Cum Dederit Delectis Suis Somnum » de Vivaldi, ainsi qu’un air anonyme de la renaissance « Quant ien congneu a ma pensee », comme pour parachever le caractère onirique, voire mystique, de cet album.

En acceptant de se prêter à cette expérience de projection astrale, en s’abandonnant à un état contemplatif, comme sous hypnose, l’auditeur se laissera guider dans cette nuit blanche bien sombre, à tâtons, tachant d’identifier les formes sonores suggérées par le quartet, avec l’inquiétude qui accompagne la perte de repères.

 

A ce titre, la pochette de l’album arborant la photographie de ce berger allemand perplexe, une oreille levée, qui s’efforce de distinguer dans le brouillard du petit matin un signe de vie sur ce qui pourrait être un champ de bataille après le combat, illustre parfaitement l’atmosphère de cet opus ! Ce sont les textures des instruments qui réconforteront l’auditeur somnambule, celle des notes pointillistes du saxophone, des cordes caressées du piano, ou du violoncelle utilisé parfois comme percussion à mains nues.

Le jeu clair-obscur de l’accordéon de Jean Louis Matinier, qui injecte dans le quartet des harmonies parfois surprenantes et colorées, guidera ses pas comme un rayon de lune entre les nuages nocturnes. Apparaîtront enfin des bribes de mélodies, qu’il percevra en tendant l’oreille, à l’écoute du monde dans l’obscurité, comme si les éléments eux mêmes communiquaient entre eux. Il pourra alors se laisser aller à une danse lente (« Quant Ie Congneu A ma pensée »), avant de sombrer dans un sommeil tracassé (« rêve étrange ») et pourtant bien mérité.

François Couturier : piano ; Anja Lechner : violoncelle ; Jean-Marc Larché : saxophone ; Jean-Louis Matinier : accordéon.

Chroniques - par Xavier Leblanc - 15 avril 2017


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