NOS FUTURS ?, De l'infinito, universo e mondi

Pas loin d’une heure trente de musique en un coffret de 3 CD : on se dit qu’il va falloir s’armer de patience bien que l’on sache que les œuvres proposées par le clarinettiste Christophe Rocher, le fondateur de l’Ensemble Nautilis, ne soient jamais anodines. Une telle pensée est tout simplementinepte : cet Objet Musical Non Identifié (OMNI) inclassable décoiffe tellement que l’auditeur est littéralement sidéré par un climat étrange mais nullement déjanté qui emprunterait son halo de glaciation à la science –fiction. Il n’y a aucune branche à laquelle se raccrocher, parfois survient une courte envie de décrochermais finalementce triptyque qui met intelligemment en jeu la relation entre les sons acoustiques des clarinettes,  les effets électroniques et les scansions vocales emporte une telle adhésion qu’on se laisse glisser comme en apesanteur jusqu’aux dernières notes.


Plongeant en une vision large et ouverte dans les accents des musiques traditionnelles, les musiques improvisées, la musique contemporaine et les confins de la free music, Nos Futursillustre un propos philosophique bien éloigné  du « No Future » que clamait le mouvement punk. Il n’est pas innocent que le livret mette en exergue une citation de Giordano Bruno (1548 – 1600) qui fut vilipendé par le Vatican : « De l’infini, de l’univers et des mondes ». En ouverture du livret, Christophe Rocher, Sylvain Thévenard et leurs acolytes précisent en une phrase l’objet de leur réflexion :   «  le monde se globalise, le virtuel transforme les relations humaines, la courbe d’accélération exponentielle de l’évolution nous dépasse, réinventons nos futurs… »).  En découdre avec l’avenir?


Tout ce présupposé baigne le climat sonore des trois prestations vocales plus ou moins improvisées proposées assises sur les contrechants de Christophe Rocher, les effets électroniques (laptop, hollyhock, analog stuffs, synthi AKS…). Le spoken word de Mike Ladd qui fait largement penser aux premiers disques des Last Poets et aux incantations d’Allen Ginsberg et des poètes dela Beat Generation m’a séduit, j’irai même jusqu’à écrire qu’il m’a envouté tant l’improvisation rap imprime un climat sombre d’une beauté terrifiante. De son côté, le chant en onomatopéesdu basque Benat Achiary semble venu du fond des âges, comme surgi du tréfonds de la terre. Avec véhémence, il clame aussi les sombres visions sur New Yorkde Federico Garcia Lorca ( « Noël sur l’Hudson », « Ville sans sommeil », «  L’Aurore ») mais rebondit sur un texte plus lumineux de François Cheng («  A l’Orient de Tout, Qui Dira Notre Nuit ») pour retomber sur une poèsie «  saignante »  de Serge Pey ( Appel aux Survenants : «  Nous sommes / des hommes rouges/ nos mains sont rouges/ Oublie le mal »). La prestation d’Anne-James Chaton, «  poète sonore » comme il se définit lui –même, quim’a laissé plus circonspect, mérite néanmoins une nouvelle écoute attentive avant de porter un jugement définitif.

Christophe Rocher, Sylvain Thévenard, Mike Ladd, Anne –James Chaton, Benat Achiary


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