Giovanni Mirabassi, Live in Germany (Camjazz)

Erroll Garner nous faisait déjà le coup du jeu du chat et de la souris lorsqu’il tournait autour des mélodies lors de ses longues introductions : main droite, main gauche, décalages, accentuations, décélérations. Lesoreilles dressées comme celles d’un chat face à sa proie toujours insaisissable, l’auditeur ne manquait pas de se demander : « Il va où ? C’est quoi le thème ?, ah oui, ça y est, j’ai enfin capté lestrois notes qui esquissent la mélodie ! ».

Moins ludique et théâtral que le génialpianiste américain et plus porté vers l’émotion lyrique et la mélodie romantique, Giovanni Mirabassi, autant présent sur les scènes françaises (il s’est vu décerner un Django d’Or, entre autres, il y a quelques années) que celles de son Italie natale, ne sombre nullement, lors de cette prestation en piano solo, dans une musique aseptisée de piano –bar. D’autant que dans cet enregistrement réalisé en Allemagne, il bénéficie d’un Steinway Grand Concert de 1923 (comme toujours dans les réalisations du label Cam- Jazz, le son est magnifiquement capturé).

Si le thème « I’ve Grown Accustomed To Her Face » clôt le disque, c’est que l’albuma été conçu autour d’un répertoire défendu par trois grandes chanteuses de l’histoire : Edith Piaf, Mercedes Sosa et Ella Fitzgerald. Giovanni Mirabassi a choisi de revisiter les chansons qu’il aimait le plus en livrant sa propre vérité. Il ose même se lancer dans des improvisations sous forme de portrait musical de chacune d’elle (rien d’étonnant à ce que « Edith » soit la plus tourmentée bien que l’on sache que la vie des deux autre grandes interprètes ne fut pas non plus un long fleuve tranquille).

Quel enseignement tirer de cet enregistrement? La satisfaction de voir que le répertoire de la chanson française signé par Michel Emer (« J’M’en fous Pas Mal »), Jean Dréjac/Hubert Giraud (« Sous le Ciel De Paris ») et Edith Piaf/ Marguerite Monnot (« L’Hymne A l’Amour ») n’a rien à envier au « Great American Songbook » défendu par les frères Gershwin ( « The Man I Love »), Al Johnson ( « My Old Flame »), Alan-Jay Lerner/F Loewe (« I’ve Grown Accustomed To Her Face »), ou Laurenz Hart/Richard Rodgers (« Bewitched »). Les musiques d’Amérique Latine (« Cancion Con Todos », « Duerme Mi Tripon », « Solo Le Pido A Dios ») sont bien belles également. Mais j’en conviens : sans doute faut- il être d’une certaine génération pour siffloter sur ces mélodies impérissables d’un autre temps.


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