John Abercrombie Quartet, Up and Coming (ECM)

C’est comme une pulsion incontrôlée : la parution d’Up and Coming donne l’envie de revenir aux albumstant aimés et un peu délaissés avec le temps de Gateway (1975,  avec Dave Holland et Jack DeJohnette) et Timeless (même année ; avec Jan Hammer et encore Jack DeJohnette) – déjà parus chez ECM. On aimait l’équilibre idéal entre les voix, le lyrisme sans emphase, la sonorité de la guitare qui est devenue une signature inimitable. La fidélité au label au fil des années se traduit encore une fois dans l’esthétique défendue par le guitariste américain qui s’adonne toujours à la recherche de timbres, à des envolées lyriques, à des mélodies sinueuses, toutes choses que n’aurait pas rejeté le guitariste Jim Hall auquel on pense beaucoup à l’écoute de cet album.

Cette fois –ci, John Abercrombie monte un quartet avec de nouveaux partenaires, musiciens aussi talentueux que les précédents, qu’il a déjà rencontrés dans d’autres contextes. Le voicing et l’art de la nuance qui caractérisent le jeu du pianiste Marc Copland, qui est de la même génération que lui,  se marient avec élégance au projet. Bien épaulé par le contrebassiste Drew Gress, le batteurJoey Baron souligne intelligemment les échanges sans se refuser quelques rupturesde tempo.

Ce jazz de chambre, cette musique de pénombre entre chien et loup, n’est nullement sans colonne vertébrale. Elle est toujours assise sur un groove sous-jacent et n’est donc nullement insipide. Elle diffracte les sons commelesverres taillés des peintures flamandes le font de la lumière. Cette musique est une ode à  la sérénité ; s’y déploie un équilibre idéal, quelque chose de translucide.

John Abercrombie signe cinq compositions et Marc Copland deux qui sont très réussies («  Tears » et «Silver Circle») Le quartet s’attaque aussi au «Nardis» de Miles Davis. Il n’y a pas de secret : un thème qui s’insinue l’air de rien, impalpable et pourtant terrien. On ne voit pas le temps s’égrener.

Par Philippe Lesage - 5 février 2017


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