Note Forget - Le Rameau d’Or de la Sybille de Cumes

Le titre que porte l’album de Note Forget est si étrange pour undisque qui s’inscrit dans le champ du jazz qu’on y sent l’influence de la musique baroque où excelle le jeune claveciniste Jean Rondeau, membre fondateur du quartet. Comme Le Rameau d’Or de la Sybille de Cumes n’est pas repris comme titre d’une des huit compositions du disque, on se précipite sur Wikipedia pour lever tous les doutes et comprendre ce qui a bien pu motiver ce choix. Une peinture florentine d’Andrea del Castagno (1419-1457)  fait référence. Cumes est une ville proche de Naples et la Sybille de Cumes est une des nombreuses représentations de la sybille qui aurait accompagnée Enée auprès de Hadès et l’aurait aidé à cueillir un rameau d’or. Dans la mythologie, la Sybille est en partie liée au monde des ténèbres d’Hadès et sa renommée recouvre une dimension divinatoire souvent liée à l’annonce d’une naissance. Intituler l’album Le Rameau d’Or de la Sybille de Cumes serait-il signer l’acte de naissance du quartet ? En tout cas, la gestation dans le monde d’Hadès se lit dans quelques titres : « Et La Nuit Irisée », « Tenebrae », « Hiatus », « Faiblesse », « Nécropole ».

A l’écoute de l’album, mon sentiment dérivait plutôt vers le livre Tendre est la nuit de Scott Fitzgerald. Tout baigne dans une lumière que ne dédaigneraient pas Bill Evans ou Brad Meldhau. Les pentes évanescentes de piano romantique, le chant idéal de la contrebasse, la transparence des interventions du saxophone laissent  deviner le substrat esthétique qui guide la formation : la note juste, l’espace laissé au silence, à la respiration, l’écoute réciproque, le choix de la délicatesse dans les arrangements ou les improvisations, l’impératif du ton idéal dans l’équilibre des voix. C’est plus un climat d’ensemble qui séduit qu’un thème ou une mélodie particulière bien que les compositions de Jean Rondeau soient d’une éloquence lyrique raffinée.

Note Forget tire son identité d’une composition du pianiste de jazz italien Enrico Pieranunzi, autre musicien qui aime explorer les rapports entre toutes les cultures musicales (cet improvisateur navigue de la musique de Scarlatti à celle de Nino Rota en passant par le jazz). C’est ainsi que Jean Rondeau (il a déjà signé chez Erato deux albums de clavecin encensés par la critique) et ses partenaires illustrent leur désir d’éclectisme musical.

Note Forget se produira au Sunside le 23 février. A ne pas manquer

Par Philippe Lesage - 4 Février 2017


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