Renaud Garcia-Fons, La vie devant soi (e-motive records/Nemo Music)

Comme une profession de foi, le dernier album du contrebassiste Renaud Garcia-Fons se glisse sous l’ombrelle humaniste de La Vie devant soi, le livre de Romain Gary/Emile Ajar ; les lecteurs se souviennent des relations drôlatiques et émouvantes entre un petit orphelin arabe et une mamma juive. En son délectable dernier album, Renaud Garcia-Fons semble mettre Paris en bouteille comme certains collectionneurs le faisaient avec des voiliers miniatures.

De père d’origine catalane, fasciné par le flamenco, les musiques du pourtour méditerranéen et de l’Orient, le contrebassiste remet donc ses pas dans les quartiers et les ruelles de sa ville natale. On ne s’étonnera pas qu’il valorise la dimension cosmopolite d’un Paris populaire que chantaient si bien Prévert, Truffaut, Jo Privat ou Doisneau. «Elégie de Novembre», la dernière plage du disque, avec son côté canaille et rigolard tout comme le ludique «Je prendrai le métro» semblent être des odes destinées aux artistes précités.

Contrebassiste cinquantenaire, élève de François Rabbath, passé par l’ONJ, Renaud Garcia-Fons mène une riche carrière solo depuis les années 1990. Spécialiste de la contrebasse à cinq cordes, virtuose de l’archet, il a une telle vision ouverte de la sonorité et des caractéristiques de son instrument que l’auditeur en vient, parfois, à se demander s’il écoute un joueur de oud, un guitariste, voire même, par instant, un violoniste au lyrisme échevelé (« Le long de la Seine»).

Il a su s’entourer de deux complices pour former un trio idéal. Le fil conducteur de leur connivence : « créer une sorte de musique de chambre, jouer ensemble, chercher les nuances, les textures de sons, en partant de l’acoustique ». Le son que tire de son accordéon David Venitucci est d’une beauté fragile à fendre l’âme alors que Stephan Caracci, au vibraphone ou aux balais sur sa batterie, souligne les débats d’une souplesse de chat.

Les mélodies sont si belles sous les atours d’une apparente simplicité qu’on se surprend à les siffloter. Par instant, on a le sentiment d’effleurer  la tendresse amusée d’un Francis Lai, la verdeur nostalgique d’un Nino Rota. C’est une poésie souriante et sans violence qui dit leParis des marges. C’est Paris libéré, le Paris d’hier avec sa valse –musette (« Revoir Paris ») et celui d’aujourd’hui, plus nerveux, plus vibrant, plus en ruptures (« La vie devant soi»,). Dans «Je prendrai le métro», (accordéon en majesté, souplesse du rythme impulsé par les balais), il me semble sauter, guilleret comme un pinson, les marches de l’escalier du métro Barbès et de courir sans essoufflement le long des couloirs sans fin. Dans  «Les rues vagabondes», la contrebasse qui sonne comme un oud distille des saveurs maghrébines qui sont aussi l’identité de Paris.

Renaud Garcia-Fons et ses complices seront en Concert à l’Européen le 14 mars. Frissons de plaisir garantis.

Renaud Garcia-Fons : contrebasse - David Venitucci : accordéon - Stephan Caracci : vibraphone

Par Philippe Lesage - 25 février 2017


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