Paul Lay, The Party & Alcazar Memories (Laborie Jazz)

Paul Lay, voilà un nom qu’il va falloir retenir, puisqu’il est en train de se faire une place dans la liste des musiciens de jazz français incontournables. Récemment lauréat du prix Django Reinhardt, le jeune pianiste et compositeur est de retour, en sortant son troisième et quatrième album en même temps, et après tout, pourquoi pas ?

 

Après son premier album Unveiling en trio, puis l’excellent Mikado en quatuor, c’est à nouveau au format trio que l’on retrouve le pianiste sur cette double sortie, il s’accompagne de deux vieilles connaissances pour The Party, à savoir Clemens Van Der Feen à la contrebasse et Dre Pallemaerts à la batterie. Pour Alcazar Memories, c’est la chanteuse Isabel Sorling et le contrebassiste Simon Tailleu qui apportent leur talent aux compositions. 

Mikado, sorti en 2014, proposait un jazz dynamique avec adresse, Paul jouait avec les règles, sans jamais perdre la main sur son jeu. La bonne réception par le public et la presse de ce dernier augmentait donc les attentes et la curiosité autour de son nouveau projet. La réponse est claire, le pianiste a décidé de jouer la carte de la surprise, en alliant deux univers pour cette sortie, le premier reflétant un jazz enjoué, transportant notre imaginaire dans une fête, chaque titre établissant la bande sonore de celle-ci. Pour le deuxième, c’est la poésie qui est mise à l’honneur, les compositions piano-contrebasse servant de support pour illuminer la prose et ses sujets variés.

C’est paré de masques que l’on entre dans la soirée de M. Lay, où règne une atmosphère de mystère, «Valse rouge » nous entraine très vite dans une danse avec la finesse, son rythme langoureux, sa mélodie qui vient délicatement se déposer dans les oreilles des convives, des mots sont échangés, des regards se croisent… Le pianiste situe les prémisses de ce projet dans « le film du même nom de Peter Sellers, avec Edwards. C’est un film de 1964, très drôle, burlesque. J’avais envie d’un côté décalé, d’un côté de fête. »

La soirée est maintenant lancée, « Dance for Three » et ses percussions fait tomber les masques, dévoilant des sourires, et incitant à taper du pied sur le vieux parquet en chêne massif de l’appartement. Le caractère progressif du morceau rappelle des airs de Mingus, avec ses variations de tempo éternelles afin de nous proposer une fin en apothéose.

Au moment de quitter la soirée, seul ou non, la conclusion est la même : « I Fall in Love too Easily » raccompagne nos pas qui se posent sur l’asphalte sombre de la ville endormie. Après Frank Sinatra, Chet Baker ou même Miles Davis, le jeune pianiste propose sa propre interprétation de la ballade, avec une mélodie marquée par la finesse de son touché.


 

LJ41-PaulLay-TheParty.jpg

A chacun ses remèdes de lendemain de soirée, pour Paul Lay en tout cas, c’est la poésie, le deuxième opus de cette sortie prenant le contrepied en apportant sa touche de mélancolie à l’ensemble. Un contrepied à The Party que le pianiste explique de ces propres penchants pour des temps calmes, un besoin de recueillement, tranquillité et de solitude. A la ville de The Party, dont les pièces ont été principalement écrites à Paris, la nature de Alcazar Memories. Paul Lay, l'affirme, « ces pièces célèbrent la nature, sa force, sa multitude mais décrivent également l’homme et ses états d’âme, à travers des chansons d’amour. »

Le projet Alcazar Memories tourne depuis 2013. A l'époque, Marseille est capitale européenne de la culture et un programmateur de la ville provençale sollicite Paul Lay pour qu'il propose un projet européen. Quelques mois plutôt, le pianiste avait accompagné la chanteuse suédoise lors d'une audition au Conservatoire. Epoustouflé par sa prestation, ils s'étaient promis de rester en contact. C'est donc assez naturellement qu'il la rappela pour « rejouer des chansons provençales remodelées à notre sauce », explique Paul Lay. Avant de préciser : « Au final, on s'est plutôt engagés dans des compositions personnelles et avons gardé une ou deux chansons provençales ». Le titre, Alcazar Memories, ancre cependant l'album dans ce projet initial. Paul Lay raconte qu'il vient « du théâtre de musical-hall Alcazar, à Marseille, où Tino Rossi ou Yves Montant, entre autres se produisaient ».

Ici c'est Isabel Sorling qui entre en scène, empruntant la prose de Rudyard Kipling, la suédoise interprète « Blue Roses », la douceur de sa voix nous transporte dans les tourments du poète, ramenant au goût du jour un poème rédigé au 19ème siècle.

Même siècle, autre langue avec « Bereden Väg för Herran », écrite par Frans Michael Franzén, cette chanson chrétienne suédoise est brillamment revisitée par le trio.
Après une introduction quasiment a capela, la contrebasse vient se joindre à la voix y apportant une ambiance de cathédrale avec un jeu d’archer très fin. 
« Amour et Printemps », valse signée Emile Waldteufel à elle aussi le droit à une réinterprétation, mettant en valeur les talents de pianiste de Paul.

En français, cette chanson complète à merveille l’œuvre unique proposée par le pianiste, ces deux albums offrant un voyage à travers une foule d’émotions, avec une première partie que l’auteur voulait festive : « Ces moments de rassemblement nous renvoient à notre identité propre, aux multiples facettes qui constituent notre personnalité, à notre image, nos fêlures, nos refoulements, nos projections, nos fantasmes, confrontant notre réalité à celle des autres.»

Mission réussie donc, Paul Lay parvient à nouveau à nous surprendre avec The Party & Alcazar Memories, et à faire évoluer son univers musical, pour le plus grand plaisir de nos oreilles. 

Concert de sortie d'albums le 15 mars, au Café de la Danse, à Paris. 

Par Renaud Alouche - 19 février 2017


Autres articles

Comment

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out