Madness TenorsBe Jazz For Jazz (Cristal Records)

Il n’y a pas que les rappeurs pour se lancer dans des « battles » ; il y eut aussi les confrontations mémorables de ténors dans les années 1950/60 dont l’ultime et particulièrement fructueuse reste la rencontre en 1956 sur Tenor Madness de Sonny Rollins et de John Coltrane ; s’y opposait la sonorité dense et la volubilité de l’un au bouillonnement torrentiel de l’autre. Le projet Madness Tenors s’inscrit, en toute confraternité, dans cet héritage. Par l’identité choisie comme par l’expressivité déployée.

En invitant le saxophoniste – par ailleurs enseignant de la Berklee School Of Music - américain George Garzone sur Be Jazz For Jazz, Lionel Martin signe son retour au jazz après dix années consacrées à l’éthio-jazz, au punk rock de uKanDanz et à la musique caribéenne de Louis Moreau Gottschalk (disque magnifique enregistré avec  son compère lyonnais le pianiste Mario Stantchev).

La musique offerte n’est pas de tout repos pour un auditeur qui la découvrirait mais elle clame une énergie propre au punk et à un jazz qui n’oublierait pas tous les courants esthétiques qui l’ont traversé ni les enseignements des diverses musiques du monde. Pour l’essentiel, le projet Madness Tenors sonne comme le jazz qui préfigure et tombe dans la free music dans les années 1960 : les sax s’étranglent, les anches couinent, les improvisations sont échevelées, les appels hypnotiques se tournent vers l’Afrique sur un drumming à la Elvin Jones et une contrebasse grondante (« Awo », « Fox In The Wood », « Hey Open Up »). Cela renvoie à la dimension incantatoire de Coltrane, de Pharaoh Sanders, d’Archie Shepp sans toutefois oublier la danse, les dimensions ludique et mélodique («Plus Plus») qui parcouraient les albums du Brotherhood Of Braith. On a d’ailleurs souvent l’impression d’avoir affaire avec une grande formation comme dans « Nobody’s Perfect ». Certaines plages sont plus calmes voire méditatives comme «Sadness » (belle mélodie, dialogue pertinent plus que défi des saxophones) ou «On The Phone».

La section rythmique est à l’unisson des saxophonistes : Ramon Lopez est impérial derrière ses fûts, Benoît keller n’a rien à envier à Jimmy Garrison et Mario Stantchev tient toujours la note qui chante au bout des doigts. Lionel Martin signe trois titres («Awo», « Plus Plus», «Sadness»), George Garzone deux («Fox In The Wood», «Hey Open Up») et Mario Stantchev une ( « Nobody’s Perfect»). «A Bacchus» et «On The Phone» sont des compositions à deux mains de belle facture de Lionel Martin et de Mario Stantchev.

Par Philippe Lesage - 14 février 2017


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