Jimmy Scott, I Go Back Home (Eden River Records / Differ-Ant)

I Go back Home ou le chant du cygne de Jimmy Scott, chanteur mythique longtemps considéré comme le vilain petit canard du monde du jazz.  

D’après la légende, un cygne muet, sentant venir sa mort, chanta pour la première fois une mélodie de la manière la plus merveilleuse qui soit. Le philosophe grec Socrate l'évoque au moment de mourir, selon le Phédon de Platon. Mais comment Jimmy Scott qui a joué, avec les plus grands n'a jamais pu, ou peu, faire entendre son chant, sa voix, tout au long de ses 88 ans de vie ?

Son histoire aurait pu inspirer Hans Christian Andersen dans l'écriture de son conte pour enfant : Le Vilain Petit Canard, nous restons dans le monde des palmipèdes pourrions nous dire. Mais revenons au thème du génie incompris, thème romantique qui revient assez souvent dans la poésie du XIXe siècle (Alfred de Vigny, Charles Baudelaire...).

Dans le conte de l'écrivain danois, une cane couve ses œufs, mais à l'éclosion, l'un d'eux, le vilain petit canard, ne ressemble pas à ses frères et sœurs de couvée. Rejeté de tous, à cause de son physique différent, il est contraint de quitter sa famille et de partir, loin, pour ne plus subir leurs moqueries et leurs coups.  James Victor Scott dit Jimmy Scott est né le 17 juillet 1925 à Cleveland (Ohio), très tôt il est remarqué dans la chorale d’une église baptiste. A l'âge de 12 ans sa croissance se bloque ; il est atteint par le syndrome de Kallmann, une maladie génétique rare, qui fait que sa voix ne va jamais muer, cela fera dire à Ray Charlesqu'il était le seul chanteur à le faire pleurer-.

A 13 ans Jimmy perd sa mère, son père, alcoolique, le contraint à devenir soutien de famille pour ses sœurs et frères. Cela commence mal, « Motherless Child» retrace bien cette douleur, la voix androgyne de Jimmy accompagnée par un très beau contre-chant de Joey De Francesco au clavier, nous fait ressentir ce drame. Mais James Victor ne se décourage pas. A 20 ans il part à New-York, devient leader vocal chez Lionel Hampton et en 1950 il connait même le succès en enregistrant un album avec Ray Charles. Mais la malhonnêteté du propriétaire du label bloque sa carrière. En 1969 nouvelle mésaventure : son choix de pochette pour l'album The Source est décrié. Ses déboires sont clamés dans « Everybody Is Somebody's Fool » où le chanteur avec le saxophoniste James Moody dénonce l'idiotie du monde. 



Entre temps il enchaine les petits boulots comme aide-soignant, chauffeur de maître, bagagiste. Il faut attendre 1992 pour que Little Jimmy Scott avec l’album All the Way, reçoive un Grammy Award.

Puis encore silence jusqu'en 2010 où le producteur Ralf Kemper décide de travailler avec Jimmy et de lui offrir sur ses propres deniers le meilleur album possible. Quand Ralf rencontre Scott ce dernier est en mauvais état de santé en fauteuil roulant en compagnie de sa femme, comme un « Poor Butterfly » morceau où, accompagné de Grégoire Maret notre harmoniciste français, le chanteur va pouvoir prendre un dernier envol. Un film relate les coulisses du projet, le défi et les sacrifices qu’ont représentés ces sessions d’enregistrement. Jimmy Scott a enfin eu les cartes en main pour sélectionner les chansons qui lui tenaient à cœur, et surtout les musiciens pour l’accompagner, pour une fois dans sa vie c'est bien ce qu'il chante avec Dee Dee Bridgewater dans « For Once In My Life » où les deux timbres se marient à merveille.

Il aura fallu attendre une vie pour que Jimmy puisse avoir l'album qu'il voulait, une fin heureuse comme celle du conte d'Andersen : « Un jour, cependant, ébloui par la beauté des cygnes, le vilain petit canard décide d'aller vers eux et réalise, en se mirant dans l'eau, qu'il n'est plus un vilain petit canard (et qu'il n'a, en fait, jamais été un canard), mais qu'il est devenu un magnifique cygne. Enfin il finit par se faire respecter et devient plus beau que jamais. »

Jimmy Scott : chant - Joey De Francesco: orgue - Renee Olstead: chant - Denny Barron : piano - Till Brönner : trompette - Dee Dee Bridgewater : chant - Arturo Sandoval : trompette - Monica Mancini : chant - James Moody : saxophone - Joe Pesci : chant - Oscar Castro-Neves : guitare - Gregoire Maret : harmonica.

Par Jean-Constantin Colletto - 12 février 2017


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