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Stéphane Payen, Morgan the Pirate (Onze Heures Onze)

Actif depuis plus de vingt ans, le saxophoniste Stéphane Payen est une personnalité importante du paysage jazzistique français. Après un bref passage à la Berklee School of Music de Boston, il fonde le groupe Thôt au milieu des années 1990 et sera l'un des protagonistes du collectif Hask aux côtés de Benoît Delbecq, Hubert Dupont, Guillaume Orti et Steve Argüelles. Musicien ouvert à de nombreuses esthétiques, il s’intéresse autant à la musique du XXe siècle – György Ligeti, Charles Ives, Luciano Berio – qu'aux musiques traditionnelles – musique carnatique de l'Inde, Sabar sénégalais, musique des pygmées centrafricains. Pour son dernier disque, c'est le trompettiste Lee Morgan qui est à l'honneur.

Les disques hommages et reprises sont légions dans la sphère discographique du jazz avec plus ou moins d'originalité. Avec le disque Morgan the Pirate on a affaire à une totale réappropriation du matériel musical du trompettiste américain par Stéphane Payen. Une dizaine de compositions du musicien de Philadelphie sont arrangées pour ce sextet sans basse avec une inventivité étonnante mêlant écriture et improvisation. Un grand nombre d'idées musicales sont ingénieuses et surprenantes. On retrouve, tout au long du disque, des clins d’œils que ce soit par la présence d'un rythme, d'une suite d'accords ou des mélodies. Ces dernières se voient grandement transformées, parfois fragmentées au sein d'une improvisation entre la guitare et la batterie – « Party Time » – parfois agrémentées d'une harmonie complexe – « Stop Start ».


Les arrangements sont audacieux mais réalisés avec une facilité et une énergie déconcertante. Un mélange constant entre fun et complexité qui doit se prêter particulièrement bien à la scène. Bien qu'il y ait plusieurs degrés d'écoute, il n'y a pas besoin d'être un initié pour apprécier le disque et l'on peut se laisser entraîner par la densité sonore et ses douces dissonances – « Search for a New Land », « Choral Hp » – par les passages nerveux résolument rock – « Desert Moonlight », « Morgan the Pirate ». La pièce « X notebook » propose un long voyage aux influences spectrale et bruitiste qui aboutit sur un dense solo de batterie. Il est d'ailleurs original de constater la place que tiennent la guitare et la batterie dans cet ensemble majoritairement composé d'instrument à vent. Ce qu'on appelle habituellement la rythmique ne se cantonne pas au rôle d'accompagnateur mais est très souvent mise au premier plan avec de nombreux passages en duo entre les deux instruments.

Stéphane Payen propose une musique singulière imprégnée de l'aura de Lee Morgan tant dans le matériel et l'investissement musical que par la volonté de repousser les frontières. Morgan the Pirate ravira autant les aventuriers rythmiques cherchant à comprendre les passages polyrythmiques en quatre pour sept que les auditeurs en quête d'une vague d'énergie sonore vivifiante.

Stéphane Payen : saxophone alto, arrangements / Sylvain Bardiau : trompette / Matthias Mahler : trombone / Frédéric Gastard : saxophone ténor / Gilles Coronado : guitare / Christophe Lavergne : batterie

Chroniques - par Paul Albenge - 11 décembre 2017

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