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Dizzy Gillespie, Live At Singer Concert Hall 1973 (Fondamenta/Devialet)


Il suffit d’écouter les éclats de rire du public hollandais lorsque Dizzy Gillespie présente en début de concert ses musiciens : il est bien une sorte de Groucho Marx du jazz ; un narquois socratique, plus taquin que persifleur, qui sait promouvoir l‘air de rien sa philosophie personnelle de liberté, d’ouverture à l’Autre et au monde. Il est psychologiquement un territoire pluriel apte à défendre « l’unité de son groupe selon sa propre affinité pour la diversité » (dixit). Qu’on en juge, en reprenant sa présentation des musiciens : « Michael Longo, piano, from Congo ; on guitar, Alexander Gafa, a native from Lagos, Nigeria ;  on bass, Earl May, a native from Shanghai, China and on drums, Mickey Rocker, a native from Dublin, Ireland ». Tout cela dit sans emphase, sur le ton de l’humour.


Dans les années 1960, on a reproché à Dizzy d’être un peu la caricature de lui-même, en oubliant bien vite qu’il fut dans les années 1940 « celui qui a élevé la facture du solo de trompette à un niveau jusqu’à lui inconnu dans le jazz » - pour reprendre la formule d’André Hodeir- ; qu’il fut un de ceux qui creusèrent  les  fondations  du Be Bop et celui qui tissa les liens du jazz moderne avec les rythmes afro-cubains. Il fait contrepoids dans notre imaginaire à Charlie Parker ; l’un est la face sombre, l’autre la face ensoleillée. Ludique, il dynamite les codes, il déconstruit l’harmonie comme un jeu de l’esprit  à l’instar des adeptes de l’Oulipo,  Raymond Queneau ou  Georges Pérec, dans leurs créations littéraires.


Les bandes inédites présentées par le label Fondamenta ont été enregistrées lors d’un festival de jazz en Hollande dans le cadre d’une tournée européenne. Elles permettent de rejeter les jugements péremptoires et de mesurer combien Dizzy, à 56 ans, était toujours créatif, toujours sensible à la sensualité musicale. Le répertoire se partage entre compositions du pianiste Mike Longo, alors directeur musical du quintet («  Sunshine », « Ole For Gypsies », « The Truth ») et celles de Dizzy lui –même (« Brother K », « Manteca », « The Blues »). Pulsée par un groove  très bossa nova, « Sunshine » met en valeur le solo plein de swing  de Dizzy ainsi que l’élégance économe du pianiste et  les ouvertures harmoniques inventives du guitariste alors que « Brother K », hommage à Martin Luther King, cache  des sanglots derrière les notes ; cette pièce sonne comme une ballade entre tendresse et nostalgie avant de s’élever vers les cieux enchantés des rythmes de la vie renaissante.  La seconde partie du concert revient vers  les fondamentaux : le blues, le bop, les rythmes afro-cubains. «  Truth » est un blues à la plainte  intemporelle alors que le motif incantatoire de  «  Manteca », un thème incontournable  de 1947, marque le temps fort de l’album ; avec comme invité un trompettiste âgé de seulement vingt ans : John Faddis.
La parution de cet album permet d’honorer l’anniversaire du centenaire de sa naissance, un 21 octobre 1917. Ce concert Live est fort plaisant ; on y retrouve la musicalité,  la bonhommie et  la générosité caractéristiques de Dizzy mais on conseille néanmoins de reprendre les enregistrements en Big band de la fin des années 1940 ( collection Quintessence aux éditions  Frémeaux),  le LP   Afro  de 1954 avec les arrangements du cubain Chico O’Farrill et la présence de cinq percussionnistes latinos ainsi que le concert  de 1962, avec Lalo Schifrin comme directeur musical (Dizzy On the French Riviera, Philips).

Chroniques - par Philippe Lesage - 2 novembre 2017


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