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Buddy Terry, Awareness (Wewantsounds/modulor)


C’est le son d’une époque fiévreuse, déjà lointaine et un peu enfouie, que l'on retrouve avec un plaisir non dissimulé : A New Shade Of Blue du saxophoniste Harold Land (en quintet avec le vibraphoniste Bobby Hutcherson) et Awareness de Buddy Terry, un autre saxophoniste ténor. C’était au début des années 1970, un temps où le jazz quittait peu ou prou les accents du hard bop sous les coups de boutoir de la free music et du spiritual jazz,  tout en buvant aussi aux fontaines du funk et de la soul. Ce petit bonheur égoïste, ce sont les diggers de Wewantsounds qui nous l’offrent ; ils se sont lancés avec discernement et talent dans la réédition de productions du label Mainstream Records, un label fondé en 1964 par le producteur Bob Shad.


L’album de Buddy Terry, passionnant musicalement et qui remet en lumière un artiste un peu négligé, mérite qu’on s’y attarde alors qu’il n’est pas fondamental de s’épancher sur celui d’Harold Land, à la facture trop marquée par certaines facilités de l’époque. Buddy Terry, qui fut un temps membre des Jazz Messengers d’Art Blakey, enregistre son premier album pour la compagnie Mainstream Records en 1971, avec une houle rythmique incandescente , une effervescence aux lisières du free jazz ; soit quelque chose qui se glisse entre les albums orientalisant de Pharaoh Sanders, les accents incantatoires de Leon Thomas et les productions que Gato Barbieri dévoilait sur le label Flying Dutchman (l’ivresse de la transe et de la danse avec ses congas, berimbau clochettes, Fender Rhodes, manière de faire hurler le sax, la dimension hypnotique…).


Sur une longue plage de près de treize minutes, l’album prend son envol avec une ambitieuse « Awareness Suite »,  en quatre parties, flirtant avec le funk et le free. Ensuite « Kamali »  et «  Abscretons », où Terry est à la flûte, renvoient à une Afrique fantasmée alors que « Sodom & Gomarrah » séduit par son thème profond illuminé d’une âpre free music épousant les folies coltraniennes. L’ensemble de l’album mérite une écoute attentive parce qu’il est défendu par l’engagement et la patte de musiciens de l’envergure de Stanley Cowell, de Buster Williams et Mtume et on n’omettra pasde citerle trompettiste Cecil Bridgewater qu’aimait tant Gil Evans.

Chroniques - par Philippe Lesage - 24 octobre 2017


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