Ella Fitzgerald, Live At The Concertgebouw 1961 (Fondamenta/Devialet)


«  You’re Driving Me Crazy » est la sixième chanson qu’entonne Ella Fitzgerald lors de son tour de chant donné dans la belle salle du Concertgebouw d’Amsterdam, le 22 février 1961. Jusque-là, tout roule sans surprise. Après « Won’t You Please Let me In » lancé par le quartet à la décontraction irrésistible et que Ella Fitzgerald soit entrée en scène pour « Too Close For Comfort », on sait que le voyage sera agréable et paisible. On a le sentiment d’être assis confortablement sur le siège d’une Mercedes dont le moteur ronronne sans accroc. Et, sans coup férir,  on saute à pieds joints dans le baquet d’un bolide de formule 1. Et ce, sans changer fondamentalement les bases d’un répertoire empruntant largement au Great American Songbook que la « First Lady Of Jazz » défend depuis quelques années déjà. La mélodie donne des ailes à la chanteuse qui semble enfin réagir aux   vibrations du public déjà acquis à sa cause pour s’envoler vers l’ivresse du swing et de l’improvisation, vers les scats périlleux , avec une bonne dose d’humour et de sens parodique.


C’est connu, Ella était plus performante, plus libre en scène face un auditoire réceptif et subjugué qu’en studio. Son pianiste Lou Levy confiait : «  Avec Ella, on évoluait toujours peu ou prou dans un esprit de jam session ; tout était travaillé mais rien n’était formalisé ». Il ajoutait qu’elle était une bête de scène, que le retour du public l’électrisait et qu’elle avait des dons d’improvisatrice hors normes. Ce live en fait foi.


Comment faisait-elle, à l’âge de quarante-quatre ans, pour garder la voix juvénile de ses dix-huit ans entendue dans l’orchestre du batteur bossu Chick Webb, cette voix qui ensoleille le fameux «  A-Tisket –A- Taskett », cette voix qui infuse la joie de vivre alors qu’il est de notoriété publique que sa vie personnelle était loin d’être un chemin parsemé de roses ? Bille Holiday chantait la détresse amoureuse, les fêlures de l’âme alors que Ella transpire la joie de vivre (« I hope You enjoy it » lance-t’elle au public lors du concert), la philosophie du«  Accentuate The Positive » pour reprendre letitre d’une chanson incontournable du grand répertoire américain de son temps. Finalement, n’est-ce pas une même solitude en partage, une même quête de l’amour inaccessible ? Ella nous quittera le 15 juin 1996, après une amputation des deux jambes suite à un diabète sévère.

Chroniques - par Philippe Lesage - 11 octobre 2017


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