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Cécile McLorin Salvant, Dreams and Daggers (Mack Avenue)


Tout chroniqueur sait qu’il ne faut jamais négliger la dimension symbolique des pochettes, d’autant que dans le cas précis qui nous préoccupe, Cécile McLorin Salvant confesse y attacher une importance particulière, allant jusqu’à prendre en charge la direction artistique visuelle et faire figurer ses propres dessins. Alors, comment décrypter ce damier en noir et blanc et ces photos où les paupières et les mains de la chanteuse sont couvertes de pâte blanche ? Un damier, pour un jeu de dames ? Pour une déambulation sur l’identité de la femme noire ?  Ne met-elle pas en miroir« Si j’étais Blanche », une chanson naguère interprétée par Joséphine Baker, et « Fascination », un poème de l’écrivain afro-américain Langston Hugues mis en musique par ses soins ?

Il est impossible d’en rester à la seule dimension visuelle dans la mesure où le titre de l’album est, lui aussi, signifiant des humeurs et de l’inconscientde la jeune femme : « Dreams and Daggers » (rêves et poignards). Les reprises de la chanson d’Ida Cox datant de 1924 : « Wild Women Don’t Have The Blues », de « Never Will I Marry » de Frank Loesser ou de « Mad About The Boy » de Noël Coward comme éléments de réponse ? Et comme il ne faut pas omettre non plus la pure dimension sonore, reconnaissons que Cécile McLorin Salvant trouve dans les chansons issues des musicals d’outre–atlantique le matériau idéal pour satisfaire l’oreille de l’auditeur tout en dépeignant la comédie humaine. On en veut pour preuve «  Somehow I Never Could Believe » de Kurt Weill / Langston Hughes ou l’incontournable «  You’re My Thrill », ici donné avec un arrangement pour trio augmenté du quatuor à cordes.


Enregistré live au Village Vanguard en septembre 2016 et pour partie en studio, Cécile McLorin Salvant fait, pour quelques titres, appel au quatuor à cordes Catalyst, invite le pianiste Sullivan Fortner sur « You’ve Got To Give Me Some » et aux membres réguliers de son trio : le pianiste Aaron Diehl, le contrebassiste Paul Sikivie – avec lequel elle cosigne quelques compositions – et le batteur Lawrence Leathers.  Notre chanteuse franco-américaine, née à Miami d’un père médecin haïtien et d’une mère guadeloupéenne, compose son programme autour de cinq partitions personnelles, de deux blues, de trois titres à forte charge ironique de Bob Dorough et de Noël Coward ainsi que de sept chansons extraites de comédies musicales signées d’Irvin Berlin, de George Gershwin, de Frank Loesser, de Lorenz & Hart et de Kurt Weill/ Langston Hughes. Comme Bill Charlap, dont nous chroniquions il y a peu le dernier disque, elle adore puiser dans le répertoire des comédies musicales et nous sommes loin de nous en plaindre.  Son impressionnante maîtrise vocale, jamais gratuite, n’est pas sans faire penser à l’art d’une Sarah Vaughan ; on aimerait seulement que l’émotion affleure de manière plus visible à certains moments. L’entente avec le trio est exemplaire et la musicalité de l’ensemble emporte notre adhésion.

Chroniques - par Philippe Lesage - 1 octobre 2017


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