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Yonathan Avishai, The Parade (Jazz and People)

Partir vers le Nouveau Monde sur un tempo de parade, quoi de plus vivifiant ?  Et le quitter sur une parade qui n’est pas sans faire remonter le souvenir d’Horace Silver, ce n’est pas mal non plus ! 

Sur le second chapitre de son projet «  Modern Times », le pianiste Yonathan Avishai, né en Israël mais résidant en France depuis plus d’une quinzaine d’années, fait évoluer sa formation du trio au quintet en intégrant le clarinettiste/ sax alto César Poirier et le percussionniste cubain Inor Sotolongo, deux pointures que je découvre avec plaisir. Est-ce la présence des claves et autres petites percussionsde ce dernier en lien fraternel avec le drumming africain de Donald Kontoumanou qui expliquent les touches de habanera, de danzon et les couleurs latines qui traversent tout le disque ? Unepremière écoute s’émerveille des polyrythmies et de la circularité tourbillonnante ( «  Simgik ») alors qu’une seconde écoute, sans doute plus attentive, se laisse porter par la sculpture des silences, un halo poétique méditatif ( «  Diminuendo »,  «L’arbre et l’écureuil » qui sonne comme une comptine) et les accents jazz clairement revendiqués ( «Poem For Ornette Coleman », «Once Upon A Time », la superbe version très personnelle de « Django », la fameuse composition du pianiste John Lewis).

Yonathan Avishai n’est pas musicothérapeute pour rien : sa musique est une drogue douce pour faire danser le corps et calmer les esprits. Elle pousse au partage et aux réjouissances collectives et semble résonner comme un voyage dans le temps et dans l’espace, des Caraïbes à Harlem.  En bref, c’est un joli disque à mettre entre toutes les oreilles et à poser sur sa platine pour recouvrer le désir de ciel bleu dès que la nostalgie pointe son nez dans les temps de grisaille. C’est une lecture actuelle de la Great Black Music des origines qui n’oublie pas un swing incisif pimenté aux traditions des parades de Mardi Gras néo-orléanaises ou des «  descargas » cubaines.

Sous le tapis idéal tressé par la section rythmique, autant par sa sonorité et son phrasé fluide et souple, César Poirier se glisse avec une musicalité enchanteresse dans les pas des meilleurs clarinettistes cubains (Paquito d’Rivera en exemple), Martiniquais/ Guadeloupéens (Ernest Léardée) ou brésiliens (Severino Araujo, Abel Ferreira , Paulo Moura).

Du quartet Third World Love qu’il avait fondé avec le trompettiste Avishai Cohen, le contrebassiste Omer Avital et le batteur Daniel Freedman, Yonathan Avishai retient cette faculté de se faufiler sans heurts entre tradition et modernité, en développant des mélodies insinuantes en un jeu économe, sobre, subtil. Se glisser sous la bannière de John Lewis est un gage du choix de l’épure chantante qui ne se refuse pas une certaine déstructuration du temps qui peut voisiner aux confins de la free music.


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