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Andy EmlerHopen Air (Klarthe Records)

En forme de boutade, comme pour se prévenir de critiques des jazzophiles sectaires, Andy Emler, dont on connait l’esprit ludique, se réfugie dans les notes du livret qu’il signe derrière une formule de Desproges : «  L’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne ». Et le compositeur d’ajouter, comme pour se prémunir de ce que l’on va dire du travail proposé : « un grooveman peut écrire pour des musiciens de formation classique » et d’ajouter : «  Et ce sont les rencontres qui provoquent le désir d’écriture » en sachant que, de toute façon : » faire groover un orchestre symphonique reste un exercice très séduisant ». Dont acte.

Il a intitulé, de manière dadaïste, son album Hopen Air que l’on doit sans doute décoder comme suit : Hope, Open, Air. Rassurons- le immédiatement : ce qu’il nomme «  groovy chamber music » est une musique ouverte, pleine d’espoir et libre comme l’air. Sans esbroufe, elle propose de beaux alliages de timbres, de belles scansions rythmiques, des mélodies ni sucrées ni amères. Le compositeur dévoile en filigrane un don d’empathie, vers ses interprètes et vers les auditeurs. On le savait, avec le MegaOctet et dans d’autres formules, touche – à –tout, ouvert aux expériences les plus audacieuses, capable d’écrire aussi bien pour le jazz que pour la musique contemporaine, avec un sens inouï de la construction. Cela se confirme à l’écoute de Hopen Air et on devine qu’il a dû prendre un plaisir inouï à écrire pour les cordes.

« Ciel de Sable » est un  concerto pour piano (soliste : Yvan Robillard) et orchestre de chambre (Orchestre Victor Hugo sous la direction de Jean – François Verdier) qui épouse un « classicisme moderne ». Dans cet opus, Andy Emler s’inspire de l’écriture ravélienne et dans les accents rythmiques des mouvements les plus vifs à Gershwin.

« Dynamos 1 » pour ensemble de violoncelles, est un opus qui a été composé en 2014. Comme le compositeur brésilien Heitor Villa–Lobos, violoncelliste de formation et auteur des « Bachianas Brasileiras N° 1 et 5 » pour Octuor de violoncelles et d’une « Fantasia para Orchestra de 35 violoncellos»,  il n’hésite pas à «  détimbrer » les couleurs de l’instrument afin defaire sonner la formation comme s’il s’agissait d’un orchestre de chambre. « 7 for 2 » pour deux percussions et électroniques est une œuvre passionnante écrite en 2013 et qui semble porter ses regards versSteve Reich sans perdre une once d’humour. Le mariage des timbres du vibraphone (sons aériens volatils) et du marimba (sons boisé mat) s’entrechoquent avec l’électronique (pads et pédales d’effets).

On imagine que le Bill Evans qui avait enregistré le disque Bill Evans Trio With Symphony Orchestra aurait été séduit par «  Ciel de Sable ». Saluons au passage le label Klarthe pour oser se lancer dans une telle édition.


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