Will Calhoun Celebrating Elvin Jones (Motéma Music)

Pour cet album hommage au batteur de jazz qu’il écoute depuis l’adolescence, qu’il a vu en concert des centaines de fois et qui l’a le plus inspiré, Will Calhoun a cherché ce qui pouvait le mieux représenter Elvin Jones. Compte tenu de la profusion de l’œuvre, le choix a été difficile. Il a essayé de couvrir les années où Jones a marqué de son empreinte l’orchestre et les enregistrements de John Coltrane, il a repris l’un des albums que lui-même préfère, Elvin Jones is « On the Mountain », et composé au fil des titres et arrangements une vision très personnelle d’une musique qu’il considère comme « au-delà du jazz ».

Pour la palette de musiciens qui l’accompagne, il voulait des anciens d’Elvin Jones ou qui aient une relation particulière avec sa musique. Carlos McKinney s’est imposé au piano, parce que de tous les pianistes que Calhoun a vu jouer avec Jones, il était son préféré. Pour Antoine Roney au saxophone, il s’agit plutôt d’une histoire de famille, Will jouait déjà avec le père, Wallace Roney, les deux hommes se connaissent de longue date et se suivent. De Keyon Harrold, Calhoun a entendu le souffle de sa trompette à l’occasion d’un concert donné au profit de The Gloster Arts Project (un projet d’enseignement artistique dans le Mississipi) et le son spectaculaire l’a convaincu d’emblée. Sa proposition a conquis aussi.

Quant au bassiste Christian McBride, c’est lui qui réagit au quart de tour quand au hasard d’une conversation banale entre musiciens, il a entendu Calhoun évoquer son projet d’album sur Elvin Jones : « Je veux en être ». Le plus difficile a été de trouver une place dans son agenda. La clé de cet album, qui semble faire partie de ceux qu’on a toujours eu dans sa discothèque, provient sans doute de ce lieu suspendu où les choses, les êtres, le mouvement sont au bon endroit. Et c’est tout naturellement dans la succession des sessions d’enregistrements dont Will Calhoun a été le chef d’orchestre. À chaque fois, les musiciens lui racontaient une part de l’histoire d’Elvin Jones, un épisode survenu lors d’un concert, dans un aéroport, dans un hôtel. Chaque session fut spirituellement divine, dit Will Calhoun. En tout cas indéniablement inspirée. Les souvenirs d’un autre musicien se glissent dans cette approche musicale, ceux du saxophoniste et flûtiste Sonny Fortune, qui a accompagné le Elvin Jones Jazz Machine et vécu les concerts du Coltrane Legacy Band avec Jones. Calhoun et Fortune ont évoqué les relations entre les musiciens, les tournées, les arrangements. Sonny Fortune venait de Philadelphie et connaissait John Coltrane. C’est ce dernier qui lui avait dit qu’à New York, il devait jouer avec Elvin Jones. Imperceptiblement, se glissent dans cet album aussi la relation et les carrières de ces hommes-là, Coltrane, Fortune et Jones.

Il faut écouter la délicatesse scintillante et ascendante des rythmes de « Whew » de Wibur Little (Poly Currents 1969) et mentionner encore deux invités essentiels qui s’ajoutent au quartet : le claviériste Jan Hammer, membre du trio de Jones en 1975, qui reprend « Destiny », et le percussionniste Doudou N’Diaye Rose, récemment disparu, qui enveloppe « Doll of the Bridge », une chanson traditionnelle japonaise. Le musicien qui a éduqué Will Calhoun, en lui enseignant le langage de la musique au Sénégal, est aussi une figure essentielle pour le batteur. Ce qui ressort de cet enregistrement résolument jazz, outre la dimension des musiciens et celle des arrangements, c’est la maîtrise constante du batteur Will Calhoun associée à de subtiles qualités humaines déployées avec respect. Une partition généreuse.

 Christian McBride (basse), Antoine Roney (saxophone), Keyon Harrold (trompette), Carlos McKinney (piano). Invités spéciaux : Jan Hammer (clavier), Doudou N’Diaye Rose (percussions)


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