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Régis Huby 4tet, Equal Crossing, Abalone Productions/L'autre distribution, 2016

Au premier coup d'oreille, c'est facile : ces mecs ont écouté Tim Berne et Steve Coleman, avec qui ils partagent plus qu'une proximité d'âge. Des claves, des rythmes, des couleurs, des libertés. Au premier coup d'oreille, le critique content taxinomise et légifère, fait ses petites catégories. Ça tombe bien, New York sur la pochette : j'avais raison !

Mais au second coup, les choses se complexifient un tantinet. A toutes les échelles : Huby et orbi. Le quartet du violoniste construit une suite en trois mouvements fort écrite, articulée autour de rendez-vous musicaux efficaces et polymorphes qu'élaborent les recherches sur les timbres autant que sur la répétition et les disruptions. L'ensemble de la suite flue, reflue, diflue, mafflue, melliflue dans une palette d'ensemble souvent hardcore et aux reflets ''classique-contemporain'' assumés ; prouvant au passage que les deux couleurs ne sont en aucun cas antinomiques (« Doubt & Fear »).

Dès lors, le quartet de Régis Huby parvient à s'inscrire dans une musique d'un certain âge mais dont il incarne une vitalité actuelle et pénétrante ; dans un propos aussi personnel que divers et riche qui évite aussi bien les chromos propres à trop de musique de genre, que l'éparpillement façon puzzle. Le bruitisme et le groove emberlificotés, ça ne fait pas trop, ça ne fait pas surjoué. « Are we from... ? » Mieux que ça, Régis Huby parvient à offrir une musique à la polysémie troublante et séduisante, qui dans sa sophistication parvient à porter l'auditeur loin dans la jouissance à la façon de ce long ostinato crescendo de la guitare, comme une antienne post-tout. « The Crossing of Appearances ». Il s'arrête, il est là encore, en négatif, il repart. Franchement super super chouette.

Notons qu'outre son violoneux de leader, Equal Crossing bénéficie d'un ensemble de musiciens qui font honneur à la belle musique : Marc Ducret, qu'on ne présente pas, ne présente plus, dont la présence sonne comme une évidence dans le cadre de cette musique dont il est l'un des artisans historiques. Moins star peut-être, Bruno Angelini fait des merveilles de soli derrière ses multiples claviers, et ce dès l'inaugural « Faith & Doubt », où il porte un vrai swing au cœur de cette musique qui ne le recherche pas toujours, avec un vocabulaire très new-yorkais au passage, à la sensibilité touffue et à fleur de peau. Plus discret dans l'économie d'ensemble de l'album mais d'une justesse confondante, Michele Rabbia fait plus qu'apporter beaucoup aux percus : l'ouverture des possibles.

Pas bien envie de conclure, donc une invitation : écoutez.

Régis Huby: violon / Marc Ducret : guitare / Bruno Angelini : claviers / Michele Rabbia : percussions.


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