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Samy ThiébaultRebirth (Gaya Music)

«  Cool », cette locution ponctue les conversations avec Samy Thiébault. Un peu passée de mode, elle désarçonne l’interlocuteur mais elle est à l’image d’un personnage terriblement attachant. Empathique, curieux de tout, ouvert aux sons du monde et à l’échange avec les musiciens des pays qu’il visite, Samy Thiébault est aussi un homme entreprenant. Il a créé Gaya Music Production, collectif qui permet de produire ses disques et ceux d’amis partageant une même discipline de vie. Samy Thiébault est bien un «  cool brother » généreux devant qui s’efface toute agressivité. 

Il aurait, après une longue réflexion semble–t-il,  choisi d’intituler son dernier album : Rebirth. Pour signifier une renaissance ? Une redécouverte de soi ? Une relecture de son passé et de ses racines (sa mère est d’origine marocaine et lui –même est né à Abidjan) ? Soit un album comme sismographe de ses pensées actuelles qui vont boire à la source des «  correspondances » baudelairiennes et au « gai savoir» de Nietzsche qui enseigne la nécessité de se libérer de ses influences sans les méconnaître. A l’écoute du disque, on relève bien que John Coltrane fut son premier amour mais qu’il s’en détache pour n’en garder que la générosité et la spiritualité. Il arpente un chemin non balisé et découvre sa propre voix : ils’ouvre désormais au sax soprano et à la flûte pour enrichir le registre médium du sax ténor qui était son instrument de prédilection.

La mélodie comme boussole. Dans Rebirth, la notion de mélodie lui permet de recouvrer ses propres racines mais sans perdre de vue la polyrythmie. D’autant que ses compositions,et les arrangements qu’il signe traversent les terres marocaines et africaines. C’est bien parce que le trompettiste Avishai Cohen - le frère d’Anat, pas l’Autre qui n’est qu’un homonyme – place la mélodie et le chant au cœur de son travail qu’il participe à ce disque comme «  élément inspirant et perturbateur ». 

D’apparence simple, vivante, alerte et mélodieuse, comme un miroir du jazz des années 1950/60, cette musique finalement ne s’apprivoise qu’après une écoute renouvelée. Il y a là quelque chose d’apaisé, une sensibilité à fleur de peau sans sensiblerie, un travail collectif sur les alliages de timbres et le partage des émotions, des élans spirituels et lyriques très coltraniens. Et souvent, on en vient à penser à certains albums en large formation des frères Belmondo, entre autres dans les plages qui portent un regard vers la musique classique (Satie, Ravel, Moussorgski) comme un travail référentiel et de mémoire revitalisée. On se laisse aussi emporter par des boucles hypnotiques, des spirales modales pour derviches et, ici et là, par l’appétence pour les déploiements de nappes sonores qui renvoient aux couleurs déployées par le Gaya Music Orchestra.

Quels titres retenir en priorité ?  Le choix est toujours subjectif mais «  Raqsat Fès »  ( la danse de Fès), comme un hommage à la ville natale de sa mère et «  Abidjan », sa propre ville natale , avec laquelle il a tissé une réconciliation récente m’ont apporté bien du plaisir mais ce sont surtout«  Nesfè Jahân » ( soit «  moitié du monde »), inspirée d’une comptine malienne et composée pour son fils ainsi que « Enlightments Suite «  ( trois mouvements dont chaque segment est construit sur le développement d’une séquence mélodique empruntée à Satie) qui m’ont séduit.

La sonorité ronde d’Avishai Cohen est un pur enchantement. Les autres musiciens : Adrien Chicot (piano et Fender Rhodes), Sylvain Romano (contrebasse), Philippe Soirat ( Batterie), Meta ( percussions), Jean- Philippe Scali ( saxophones alto et baryton ) et Manu Domergue ( mellophone) se hissent à la hauteur du projet .


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