Steve Lehman & SélébéyoneSélébéyone

Sauvagement orchestrés par Steve Lehman et sa bande, jazz et rap s’y enlacent et on ne s’en lasse toujours pas. 

En Wolof (langue sénégambienne), « Sélébéyone » se réfère à une intersection, un point de rencontre duquel émerge quelque chose de neuf.  C’est au croisement du jazz moderne de Lehman, du rap sénégalais de Gaston Bamar Ndoye, de la musique électronique live qu’on se situe. Ce n’est qu’une triangulation, à laquelle il faut ajouter les claviers de Carlos Homs, le rap underground du new-yorkais HPrizm et le bassiste Drew Gress.

Technique et radicale, la composition rythmique désarçonne. As du métissage phonétique, Gaston Bamar Ndoye passe du wolof au français, comme du Moyen-Orient à la middle-class. Tournicoti, tournicota, trois claquements de langue et puis s’en va. Ultrasyncopé, le flow est toujours à rebours d’une batterie devenue épileptique lorsque Damion Reid accélère et décélère tout à la fois. 

 

Fournissant la métrique du numérique et le grain de l’acoustique, Damion Reid offre du petit lait pour tout break-danceurs, puisant dans la sécheresse percutante du beat-box. On ne sait plus ce qui est préenregistré, ni quand ni où sont les boucles. 

C’est brut mais jamais brutal, tout en finesse et rugosité grâce à l’entremise du concret vocal et de l’abstrait instrumental.  Les MC accompagnés autant que défiés par les sax de Lehman et Maciek Laserre. Criards, ceux-ci finissent par saturer l’espace sonore. Un trop de note à valeur de trop plein, car le rap est un cri. Au clavier, Carlos Homs fait coaguler l’angoisse, la rage et la mystique qui transpirent du début à la fin. Au mixage, on trouve un certain Andrew récompensé d’un Grammy pour son travail sur le good kid m.A.A.d city de Kendrick Lamar.

Tous ont célébré un certain mariage de cœur ou de raison entre jazz et hip-hop. Mais Sélébéyone va plus loin en rendant encore plus synchrone le mimétisme entre les deux genres, rappelant qu’ils n’ont pas qu’un passé à valoriser, mais aussi des possibles à explorer.

Steve Lehman (saxophone alto, composition) - Maciek Lasserre (saxophone soprano, composition) - HPrizm, (Voix et paroles) - Gaston Bandimic (Voix et paroles (wolof)) - Carlos Homs (claviers) - Drew Gress (contrebasse) - Damion Reid (percussions)

Chroniques - par Thomas Perroteau - 9 mars 2016


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