John Scofield, Country for Old Men, Impulse !/Universal

Au fond, tout le monde le savait. C'est désormais officiel. John Scofield, c'est le jazz du Midwest, des plaines et des loups du Dakota ou de l'Ohio, les grands espaces, un jazz de cow-boy. True Grit. Pas une musique de plumeaux new-yorkais, qui bavassent à couper les cordes de guitare en quatre. Sco, c'est Jim Harrison et Clint Eastwood réunis dans un grand grand bout de guitariste, et c'est tellement bon.

Remarquons que ça ne l'a pas toujours été : son arrivée sur Impulse coïncide avec un étonnant regain de forme, tant Scofield sortait d'une période assez mitigée, dont il tourne à chaque concert et album la page écornée du magnifique livre qu'est sa carrière. A 65 ans, Sco revient avec énergie aux fondamentaux (Past Present) et montre aujourd'hui une liberté désinvolte et attendrie en s'emparant d'un répertoire country/folk qui lui va si bien, et vers lequel il n'avait jamais fait ''que'' les yeux de Chimène : il l'empoigne désormais à pleine bouche. Coquin, va...

Accompagné de trois musiciens du genre valeur sûre (Steve Swallow, Larry Goldings, Bill Stewart), le guitariste s'amuse des titres de Hank Williams et Johnny Mercer, Merle Haggard et Bob Wills, Dolly Parton et jusqu'aux titres traditionnels les plus hillbilly du monde (''Red River Valley''). Les arrangements de Scofield réalisent à eux seuls le plus gros du travail : une conservation des teintes mélodiques des originaux, qui ne bride jamais l'enrichissement collectif d'un propos très ''modern jazz'', surtout expressionniste en diable. A ce petit jeu, Scofield se repose avec un talent forcément sans limite (ou pas loin), qui alterne une sonorité et une attaque de la corde de garçon vacher virtuose, dans l'instant muée en un discours plus fouillé et au legato toujours bien galbé. A lui seul, Scofield impressionne encore par l'aménagement d'un espace musical aux mille références, qui sauvegarde aussi bien l'intensité singulière du répertoire épousé que l'identité versatile et plurielle de sa musique. L'album est marqué ainsi par une facture classique mais dans laquelle le quartet scintille – mention plus que spéciale pour les interventions de Goldings au Rhodes.

Si l'on reste plus sceptique sur certaines idées, telle cette introduction/coda assez chelou de ''Red River Valley'', Country for Old Men est une perle de plus dans ce jardin grand comme le Wisconsin de la carrière de Scofield. Certainement pas la plus impérissable : le concept de l'album provoque parfois un sentiment de redondance qui lassera les plus imperméables à la musique de Sco ou à la country. Sans doute l'une des plus touchantes, qui dessine une fenêtre des plus transparentes sur l'âme de l'oeuvre d'un des musiciens les plus marquants du jazz américain des cinquante dernières années.

John Scofield : guitare / Steve Swallow : contrebasse / Larry Goldings : piano / Bill Stewart : batterie


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