Martin Perret's L'Anderer, Don't Try you are, QFTF, 2016

Ha ! QFTF, cette arche de Noé pour jazzmen européens qui s'est récemment posée à Berlin, ce rassemblement interlope d'agitateurs sonores trop mal identifiés de notre côté du Rhin, ce collectif puisqu'on appelle cela comme ça. Cette fois, c'est Martin Perret qui depuis sa batterie assume le rôle de leader avec son sexter l'Anderer, ce qui dans la langue de Goethe signifie l'autre. Don't try you are, l'autre. Tout cela sent son conceptuel, méfiance donc.

Et notre méfiance n'est pas entièrement trompée : les compositions de Martin Perret enserrent un discours très polymorphe, versatile voire !, qui brasse large en terme d'influences et de couleurs tout en resserrant souvent l'expression individuelle des musiciens dans un organigramme très réfléchi. Ainsi de ce ''Killer Drones'' qui joue à plein la carte punk d'un noise en ostinato bancroche, parcouru de riffs sur-saturés de la guitare de Franziska Staubli, avant de s'effondrer dans un bruitisme minimaliste éphémère d'où jaillira, plus puissant encore, le retour de la guitare. D'où un certain formalisme du propos, que l'interprétation laisse bien vite au placard de nos névroses de critiquant : ça envoie du bois. Velu. Surtout sur la fin.

A l'exception du graphisme de l'album – toujours de belles prods, chez QFTF – Don't Try you Are ne concerne de toutes les façons que marginalement les névroses de chacun – quoique ''Sarajevo'', c'est pas vraiment joyeux joyeux... Plus que des névroses, L'Anderer ouvre des espaces : harmoniques par une épure qui dans la répétition et la pulsation évanescente rappelle les grands horizons dégagés par une certaine scène scandinaves ; improvisés à travers des solistes qu'il faut à tout prix découvrir, notamment Marie Krüttli au Rhodes (''Lost in Time 1'', qui sans faire dans l'épate tape tip-top où il faut) comme au piano (''Killer Bees'') ; chromatiques et énergiques par la convocationen kaléidoscope de références agrémentées dans un discours rien moins que singulier et cohérent. Don't Try you are, à ce fameux et délicat petit jeu des références, évoque par moments une partouze inopinée et féconde entre Craig Taborn, Ralph Alessi, Tigran et Molvaer dans un squat berlinois un soir de veillée punk. Post-punk, tiens! Comprenne qui pourra... Allez écoutez, ça sera plus simple.

Ce balayage de référence au sein d'un discours savant et singulier, sage en même temps qu'audacieux, constitue sans doute le plus petit commun dénominateur de toute une jeune génération essaimée de par le monde : dans ces recherches, il se passe beaucoup, et cet opus de Martin Perret ne déroge pas à une règle qui souvent déroute, c'est dire qu'elle réjouit beaucoup et perd parfois. Mais pour dire le fameux et fin mot de toute cette affaire, ce premier album laisse autant de satisfactions que d'appétits pour ce qui va suivre, et que Don't Try You Are laisse ardemment espérer.

Martin Perret : batterie / Marie Krüttli : piano, fender Rhodes / Sebastian Strinning : saxophone ténor / Franziska Staubli : guitare / Elio Amberg : saxophone ténor / Martina Berther : contrebasse

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