Fred Frith Trio, Another Day in Fucking Paradise, Intakt, 2016

Le rock manque-t-il à Fred Frith ? A lire le titre bien bien punk de son nouveau disque, on se demande... Rappel rapide de la biographie du (essentiellement) guitariste : membre fondateur du groupe de rock-prog anglais Henry Cow qui hissa la chaussette au rang d'oeuvre totale sur ses couvertures d'album, Fred Frith dérive après les années 70 et la rupture du band vers des scènes encore plus improvisées, encore plus underground, encore plus radicales. D'où sa présence continue depuis un tas de berges sur Intakt, label qui sait héberger tous ces itinéraires mal dégrossis pour l'industrie, sachant faire du bien pour le reste : d'ailleurs, Barry Guy viendrait lui plutôt de la musique baroque, c'est dire.

Mais en fait, le rock manque sans doute à Fred Frith. Son power trio bien à lui (Jason Hoopes aux basses, Jordan Glenn aux percussions et batterie) s'empare d'une musique qui emprunte beaucoup à un vocabulaire croisant quelque part entre Pink Floyd (avec qui a joué Fred Frith, avant qu'ils ne le deviennent) et Sonny Sharrock, un travail sur les textures et le son qui donne envie de passer un coup de bigot à Jim Jarmusch pour qu'il tourne Dead Man 2, Frith remplace Neil Young. Tout cela mélangé avec l'intérêt radical et toujours aussi intransigeant du guitariste anglais pour les musiques non-idiomatiques, par le biais desquels il insère des déséquilibres aux potentialités lyriques (''Yard with Lunatics''), énergiques (''The Deserted Garden'', presque électro dans l'usage du schred), spectrales, infinies quoi !

Une impression de boucle bouclée se dégage de cet album lorsqu'on s'est un brin penché sur la carrière de Frith, mais une boucle ouverte sur quelque chose comme de la musique. Une spirale, si vous voulez. Comme souvent avec les albums de Fred Frith, la vie intérieure de l'album est parfois trop laissée à sa propre économie (je me comprends) et lasse par endroits, retenant essentiellement les manies et le figement dans l'ensemble de ce que ces musiques ''improvisées'' peuvent offrir. Pour le reste, des vrais bijoux bijoux, de vrais morceaux d'absolu kiff, et l'intransigeance d'une musique qui en toute simplicité reste fidèle à son salutaire mouvement.


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