Andrew Cyrille, The Declaration of musical Independence (ECM), 2016

Quel son ! S'il fallait ne retenir qu'un seul aspect de ce nouvel opus d'Andrew Cyrille, c'est bien celui-ci. L'ingénieur du son, dont le nom n'est malheureusement pas mentionné dans le CD que nous avons reçu, a fourni un travail exemplaire de mise en espace, de mixage et de post-production générale de cette « Declaration of Musical Independance » . Par chance, le son est loin d'être le seul point fort de cet album. Andrew Cyrille, que l'on a vu officier derrière les fûts avec les plus grands noms du jazz d'avant-garde, tels Cecil Taylor, David Murray ou Carla Bley, nous livre avec ce quartet « all-stars » une prestation riche en vitamines B12 et en expérimentations ubuesques. Soyez vigilants toutefois à ne pas passer cet album à l'occasion de l'anniversaire de votre petite tête blonde, à moins que vous souhaitiez voir tous ses amis déguerpir sur le champ.

En effet, si cet album est très bon à plus d'un titre, il n'en demeure pas moins difficile d'accès. La surprenante interprétation du « Coltrane Time » de John Coltrane jette d'emblée un pavé dans la mare, inaugurant un album sans concessions et d'une vivacité indéniable. À presque 80 ans, Andrew Cyrille mène son ensemble d'une main de maître, tout en laissant libre cours aux aspirations des autres membres du groupe. Car c'est bel et bien d'un groupe dont il s'agit, avec un son clairement défendu et une unité trahissant les nombreuses heures de sessions passées avant que le groupe n'entre en studio.

Bill Frisell à la guitare nous livre deux morceaux qui ne sont clairement pas les enfants du facteur : Kaddish et Song for Andrew no1. Sa prestation guitaristique est, comme à son habitude, remarquable. Des mélodies pop aux voicings les plus sadiques, il englobe tout cela de sa patte sonore, reconnaissable entre mille, qui emprunte certes au jazz, mais surtout au rock et à la folk anglaise. Un petit bémol pour mon côté sauvage, une fougueuse distortion pointe le bout du nez au premier morceau de l'album, mais ne refera plus d'apparition avant la toute fin de l'album. Tant pis, il y a déjà tant à apprécier.

Malgré son implication dans la composition de l'album (notamment le magnifique "Say"), Ben Street ne semble pas être dans son domaine de prédilection. Il assure sans problème les arrières de ses fougueux partenaires – on parle tout de même de l'un des meilleurs contrebassistes américains du moment – mais il semble plus effacé que les autres artistes de l'album. Peut être est-ce un choix d'Andrew Cyrille, pour ma part j'aurais aimé l'entendre davantage. On notera tout de même ses très belles interprétations des thèmes de Say et Song for Andrew no1.

Des quatre protagonistes, Richard Teitelbaum est assurément celui que je connaissais le moins, et malgré une présence assez discrète en début d'album, ses sons de synthétiseur et son jeu de piano tout en nuances apportent une profondeur primordiale à l'album.

Andrew Cyrille, quant à lui, déroule un jeu tout en finesse, fortement inspiré d'un Elvin Jones ou un Rasheed Ali – son choix de reprendre "Coltrane Time" n'étant probablement pas le fruit du hasard. Son écriture originale est parfois déroutante, mais elle acquiert toute sa maturité dans "Dazzling", le morceau-fleuve central de l'album (presque 10 minutes!), avec des réminiscences de Gentle Giant ou Pink Floyd période Atom Heart Mother, grâce à l'utilisation de nombreux effets et à un gros travail en post production.

On y décèlera quelques longueurs et systématismes, mais The Declaration of Music Independance reste un album de très bonne facture, tant sur l'écriture que sur l'interprétation. Faites vous la faveur de l'écouter au casque ou sur un bon système d'écoute, car, encore une fois, quel son !


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