JamesZoo, Fool (Brainfeeder/Ninja Tune)

C'est, avec Fool, un bestiaire sonore imaginaire et haut en couleurs que nous invite à visiter JamesZoo ! Au travers d'un album qui tente de concilier Jazz et Musique Electronique, on y trouve un violoncelle qui grince des cordes, une console nintendo 8 bits débridée, un saxophone à bout de souffle, un chanteur fou, un beat electro en liberté, et un Fender-Rhodes sauvage qui ronronne au détour d'une piste (non balisée).

Le DJ se livre ici à une expérience qu'il nomme «naïve computer jazz», dans une démarche qui se veut à la fois novatrice et récréative, en conviant à la fête une constellation de musiciens de Jazz, dont le géant américain Steve Kuhn, le compositeur et multi-instrumentiste brésilien Verocai, ainsi que le très en vue «Thundercat» (le guitariste Stephen Bruner).

Les premières couleurs de l'album évoquent immédiatement le DrukQs d'Aphex Twin (notes de piano froissées et rebonds de billes métalliques), puis une rythmique naïve sur un seul accord laisse s'épanouir un chorus de Moog jazzy avant que ne s'immisce une progression harmonique, pour conclure rapidement sur une parabole pianistique en solo qui parachève ainsi le propos de JamesZoo: de l’électro expérimentale au jazz, dans un esprit ludique et décomplexé.

Ainsi quelques belles pistes dans cet album retiendront notre attention, dont la jouissive mise en abîme d'un orgue déstructuré avec «Meat»!. Sur les accords sporadiques sublimés par le silence viennent s'enlacer une guitare d'abord consensuelle, puis un saxophone désespéré, pour ne plus s'en défaire, en de puissantes volutes oniriques.

Les effluves de «Flu» (feat. Verocai), présentent de vraies plages (brésiliennes) de jazz sur lesquelles viennent mourir les vagues électro de synthé, avant de reprendre inexorablement le dessus comme à marée haute. La rêverie électronique de «Nail», enfin, nous offre l'un des rares moments ou JamesZoo nous emmène vers des territoires plus intimes et authentiques, accompagné de ses créatures sonores hybrides. Car au-delà de ces quelques pépites, cet opus impressionniste souffre d'un manque de profondeur qui tient probablement à la rigidité formelle de son concept.

Ne pas saupoudrer de jazz des pistes de musique électronique comme cela a déjà été (trop) fait par le passé, ne pas jouer non plus du jazz avec des outils électroniques (comme l'on fait avec bonheur Nills Peter Molvaer, Julien Loureau, Supersilent)... cette voie nouvelle que le DJ souhaite explorer est bien étroite et le résultat semble plutôt relever d'un exercice de style où la démarche intellectuelle prend le pas sur une musicalité qui peine a faire vibrer l'auditeur.

Il ne fait nul doute que JamesZoo soit un producteur de talent et un DJ à l'imagination foisonnante, qui a le mérite au travers de cet album de brouiller les frontières entre deux mondes qui trop souvent se côtoient et s'ignorent... Pour autant, cet album kaleidoscope, qui gagne certes en cohésion après plusieurs écoutes, ne résout pas la question du difficile mariage entre jazz et musique électronique.