FESTEN, Mad System

Serait-ce la complainte des petits meurtres en famille ? Pourtant, ils font cela en famille, les frangins Fleau, Damien au saxophone et Maxime à la batterie, en s’acoquinant, sans liens de consanguinité on espère, avec le contrebassiste Olivier Degabrielle et le pianiste Jean Kapsa.

Donner FESTEN –  le titre du film sulfureux et dérangeant du cinéaste danois Thomas Vintenberg - comme identité au quartet en enfonçant encore plus le clou avec une citation du vieux dégueulasse Charles Bukowski (« Find what you love/ And let it kill you »)  et une pochette qui n’aurait rien à envier au Journal Hara Kiri (pistolet pointé sur la tempe d’un homme emprisonné dans un poste de télévision dont l’écran est en miettes sur le verso) est loin d’être innocent d’autant que le choix des titres des compositions jouées («Burning Head », «  Mad System », « Black Rain ») distille une profession de foi grunge. Il semblerait qu’il y ait bien là une volonté de faire défiler une sorte de BO baignée d’humour noir autour du « famille, je vous hais » et du rejet d’un système pourri.

On pouvait craindre le pire dans la noirceur et la hargne vengeresse mais en fait il n’en est rien, ou si peu,  en dépit du choix de compositions et reprises qui se voudraient inquiétantes. Les reprises : la plage d’ouverture, « Day One », de Hans Zimmer emprunté  au film   Interstellar   de Christopher Nolan mais aussi «Sometimes» de Pearl Jam et « My God is the sun » de The Queen Of Stone Age sans oublier « L’Arena » d’Ennio Morricone. Bref, c’est une approche générationnelle, les références ne sont plus prises dans le « Great American Songbook » ni au cœur du cinéma hollywoodien «noir»  mais dans les soubresauts bruts et violents de la post-modernité (mais qu’est-ce que la post-modernité ?)

Foin de littérature pour vanter une musique qui n’est pas totalement en symbiose avec les présupposés avancés. Le travail est  bien ficelé, le pianiste délivre de belles envolées lyriques sur lesquelles le saxophone se déploie en un discours fluide sans trop de couinements intempestifs ni d’aspérités incongrues, la section rythmique impulse un beat idéal, le tout se déguste avec un plaisir non dissimulé  mais surnage le sentiment d’avoir plus affaire avec un  apprentissage bien maîtrisé qu’à une créativité débridée en dépit du désir juvénile de se démarquer du tout-venant.


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