Comment se renouveler sans cesse sans changer d’identité semble être une problématique à laquelle est confrontée Airelle Besson après le magnifique album qu’elle a offert avec le guitariste brésilien (de Paris) Nelson Veras. Pour concevoir Radio One, elle a fait appel à Benjamin Moussay ( piano, Fender Rhodes, bass synth), Fabrice Moreau ( drums) et Isabel Sörling, une vocaliste scandinave qui est une révélation bienvenue.

Pour une fois, il m’a semblé utile de me livrer à une petite expérience d’écoute sans prise de notes. L’exercice : s’installer confortablement sur le canapé, laisser l’esprit vagabonder, boire par tous les pores la musique et relever ce qui s’imprime au final dans le cerveau. Sans que ce soit véritablement une surprise, ce ne sont pas les mélodies, pas les accents rythmiques mais bien le son feutré et rond de la trompette et la dimension onirique née de la confrontation, de la superposition et du dialogue de la voix de Isabel Sörling et de la trompette qui surnagent. D’ailleurs, cette vocaliste chante–t’elle ou utilise–t’elle la voix à l’égal d’un instrument ? Sans contorsions intellectuelles, on pourrait se laisser aller à dire que la trompette d’Airelle chante aussi justement que la voix d’Isabel Sörling se joue de la musique.

 

Les plages "All I Want", "The Painter and the boxer", "Around The World", "People’s Thoughts" et "Titi" sont de belles réussites en contexte de musique électro-acoustique aux mélodies somme toute assez pauvres (on relèvera l’absence de contrebasse, le drive de Fabrice Moreau, les notes répétées et insistantes de Benjamin Moussay avant qu’il ne se lance dans l’explosion de rythmes et d’effets électroniques et qu’il se délecte des notes de son Fender Rhodes).

En cette période où le tournoi de Roland Garros a les pieds dans l’eau, il est sympathique d’assister à un double dames/messieurs où finalement le sexe importe peu. Comme toujours. Rare trompettiste féminine, diplômée du CNSM et multi–primée (Victoire de la Musique, Prix Django Reinhardt), Airelle Besson impose sans drame sa palette feutrée quelque part entre jazz et musique classique. On n’est pas étonné qu’elle soit sensible à la sonorité et à l’expression d’un Tom Harell ou d’un Chet Baker.

Philippe Lesage

Airelle Besson, Radio One, Naïve, 2016