Tout dépend de l’endroit où le leader positionne le curseur de l’identité. A l’image de Carlos Santana qui, lorsqu’il veut valoriser un son d’ensemble, dénomme son groupe « Santana », Gilles Coronado, pour dire qu’il va valoriser les expérimentations d’un collectif, choisit d’étiqueter son groupe comme « Coronado ». Et quel collectif à la lecture du line-up  : Gilles Coronado (guitar), Matthieu Metzger (alto saxophone, effects), Antonin Rayon (Hammond B3, Clavinet, bass keyboard), Franck Vaillant (drums ; electronic percussion) et Philippe Katerine sur la chanson « Au pire, un bien ». Relever la présence de ce chanteur qui me laisse personnellement indifférent est au pire, un bien ; en revanche, on avoue avoir un faible pour Matthieu Metzger même s’il est injuste de relever un nom en particulier dans une production qui ne veut pas se signaler par la présence de solistes et d’autant qu’il y a là une cohérence d’ensemble évidente.

Les titres des compositions aux accents surréalistes d’un Satie (« Des bas débits des eaux », « la fin justifie le début », « presque joyeuse », « la commissure des lèvres ») emprunte aussi à la logique mathématique du langage d’un Bobby Lapointe. La photo de l’animal préhistorique gueule ouverte et aux dents acérées laisse présager des frissons que ne dément pas la traque, la première plage qui, sans l’avouer explicitement, nous renvoie aux peurs enfantines vécues à la vision du film Les dents de la mer.

Comment caractériser cette musique assez symptomatique de l’air du temps d’ailleurs, qui est une fusion de rock, de jazz et d’effets électroniques qui parasitent les sons de base? Est-ce avant tout une réflexion sur le temps qui passe et ses découpages, ou bien un questionnement de la scansion rythmique qui structure les allées et venues entre compositions écrites et formes libres ? Conseil avisé : l’auditeur doit se laisser envahir par les sons plutôt que de vouloir comprendre le pourquoi des choses mais qu’il ne cherche pas à de trouver ses marques sur une pulsation porteuse de swing ou des mélodies qui , de toute façon seront brisées. On n’est pas là pour chanter et danser…A preuve, « La commissure des lèvres », belle composition au demeurant, offre une introduction calme et sereine…avant la tempête.

« Au pire, un bien », la chanson dans laquelle Philippe Katerine s’immisce, est bien significative de l’état d’esprit du disque puisqu’elle a été enregistrée en plusieurs fois, à plusieurs vitesses et remontée en post-production pour donner naissance à un morceau «  non exécutable naturellement » selon les dires même de Gilles Coronado. On a le droit d’aimer.

Philippe Lesage

Coronado, Au pire, un bien, La Buissonne, 2016

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