Comme disait le père Georg Willhelm Friedrich Hegel, qui avait oublié d'être con, « ce que le concept enseigne, l'histoire le montre nécessairement. » Mais au-delà du désir sophiste de tartiner sa culture phénoménologique, la citation colle trop parfaitement à la première galette du quartet Post K pour passer à côté d'une belle occasion de pédanterie.

Le concept : pérégriner dans le répertoire des années 20, et le confronter au registre des jeunes membres du quartet, avant-garde en France de ces fameuses « musiques improvisées » qui définissent notamment les membres de l'ONJ d'Olivier Benoît auquel appartient le clarinettiste Jean Dousteyssier. L'histoire, alors : celle qui relie les origines du jazz enregistré, quelque part entre les rives du Mississippi, le Michigan et la grosse pomme, aux musiques les plus contemporaines qu'un grand nombre d'observateurs dénonce souvent comme oublieuses de leur swing et de leur tradition.

Si le concept et la musique font aléatoirement bon ménage, Post-K les acoquine terrible sur ce premier album mené à un train d'enfer, sans jamais tomber dans l'exercice stylistique et scolaire qu'une telle démarche rend toujoursprobable. Dix reprises du répertoire ancien piochées bien souvent dans la jouissance et le très classique : « China Boy », le « Honeysuckle Rose » de Fats Waller, le « Charleston Rag » d'Eubie Blake, du Armstrong, du Willie The Lion Smith, du Jelly Roll ; et parce qu'on ne se refait pas également du Massenet... En mêlée dans l'album, trois compositions personnelles des frères Dousteyssier (Jean le clarinettiste et Benjamin le saxophoniste) qui témoignent de l'imprégnation du répertoire dans le projet, tant la transition entre les standards swing et ces compositions se fait sans coup férir. Ce qu'enseignent ainsi les musiciens de Post-K, plus que du concept, ressemble furieusement à un grand plaisir.

Le plaisir virtuose et groove du ragtime exécuté à la perfection par le pianiste Matthieu Naulleau, les thèmes déjà (encore?) funk assumés par le duo fraternel de soufflants au volume quasi orchestral, la sobriété et le swing de la batterie (« Charleston Rag » pour synthétiser assez bien tout ça)... Le dialogue de cette musique de jouissance avec les formes plus libres et improvisées fonctionnent à plein et révèle à quel point ces musiques « contemporaines » sont bien moins intellectuelles et impénétrables que la définition hâtive qu'en donnent certains discours récurrents. Les arrangements aident beaucoup, fourmillant d'idées remarquables d'efficacité et de sobriété, à preuve l'ostinato épuré de « Honeysuckle Rose », qui illustre la réalité d'une démarche nécessairement musicale et non intellectuelle ou philosophique : point de déconstruction, de systémisme ou systématisme, maux chroniques de l'avant-gardisme bon teint. Au temps pour la pédanterie et le concept, Post-K n'enseigne jamais que l'évidence musicale, avec talent et intelligence ; et franchement, c'est bien mieux comme ça.

Post-K, Post-K, ONJ Records, 2016

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