Certains, comme Médéric Collignon, dans MoOvies, se compose leur propre BO de film imaginaire, d’autres, comme Bill Frisell et ses acolytes concoctent un programme à partir du matériau de BO originales de films inoubliables. De quoi faire défiler sur nos pupilles les images et en approche proustienne de revivre les séances du petit ciné où nous avions vus ces toiles.

C’était comment déjà le thème de Psycho ? Et celui de la série TV Bonanza ? La plage Moon River sera-t’elle à la hauteur de la version chantée par Audrey Hepburn dans le génial film Breakfast At Tiffany’s et qui reste gravée à jamais dans mon disque dur mémoriel? Et puis, comment Bill Frisell va-t’il contourner la difficulté de reproduction de la lancinante plainte de l’harmonica de Il Etait Une Fois dans l’Ouest ? Est-ce un disque de circonstances pour répondre à une commande ? La carrière de Bill Frisell, si riche de rencontres et de diversités stylistiques, ne plaide pas pour une telle réponse et l’écoute du disque confirme bien qu’il a tout pesé et soupesé que ce soit au niveau des titres retenus que des décisions esthétiques à prendre pour écrire les arrangements. Il y a bien sûr des choix faits dans le programme qui répondent à la mentalité américaine, en particulier «  To Kill A Mockingbird » (Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, succès mondial de librairie) «  You Wish Upon A Star » des studios Walt Disney mais dans l’ensemble, les BO retenues ne sont que des incontournables.

Autour de Frisell (guitares), un quintet audacieux : Petra Haden (voix,fille de Charlie Haden), Eyvind Kang (viole), Thomas Morgan (basse) : Rudy Royton(batterie), sans coup férir, s’attaquent aux thèmes d’ Elmer Bernstein (to Kill a mockingbird), John Barry ( You Only Live Twice), Bernard Herrmann (Psycho), Ennio Morricone (Once upon a time in the west, environ treize minutes en trois parties), Henry Mancini ( Moon River), Nino Rota (The Godfather, 9, 32 mn) David Raskin (The Bad and The Beautiful). Excusez du peu !

Les arrangements restent respectueux de l’esprit des originaux, ils ont l’intelligence de garder le sens mélodique initial si essentiel pour les BO de films tout en s’inscrivant dans la sobriété, le minimalisme et la cohérence qui caractérisent les travaux de Bill Frisell. L’approche bruitiste rappelle à qui on affaire et le jeu de guitare aérien flotte comme à l’accoutumée. Petit rappel biographique : Bill Frisell est né en 1951, a étudié avec Jim Hall au Berklee College Of Music de Boston et il est réputé pour la diversité des styles qu’il aborde. En bon américain qui s’assume, il ne néglige pas la country music et le bluegrass ni les musiques de Charles Ives, Aaron Copland ou Dylan. En Europe, par les bons soins du label ECM, Il a croisé le fer avec Jan Garbarek (Wayfarer et Paths, prints), avec Paul Motian et Lovano ainsi qu’avec Marc Johnson. (Bass Desires). Il a aussi enregistré un album personnel avec Arild Andersen (In Line). New Yorkais d’adoption, Il lui était impossible de ne pas croiser John Zorn et .Il a déjà à son actif deux CD chez Okeh , un des labels de Sony Music : Big Sur et Guitar in the space age.

 

Revenons sur quelques choix du programme. Dans Moon River, du film Breakfast at Tiffany’s (diamants sur canapé ; 1961), Petra Haden, sans démériter, ne fait pas oublier la délicieuse Audrey Hepburn. La plage Bonanza tirée de la série TV de 1959 distille en moins de deux minutes sa verve country & Western. To kill a mockinbird, adaptation du livre de Harper Lee, film de 1961 de Robert Mulligan, avec Gregory Peck, ouvre le disque sur une musique que j’avais oubliée mais qui reste superbe d’Elmer Bernstein. Pour Il Etait une fois dans l’Ouest, la guitare se substitue à l’harmonica pour annoncer la violence à venir dans une théâtralité baroque. On se surprend à fredonner, à l’écoute du disque mais aussi par la suite, le thème du Parrain  signé par Nino Rota en 1972

Philippe Lesage

Bill Frisell, When You Wish Upon a Star, Okeh/Universal, 2016