Si Miles Davis était encore en vie... Depuis sa disparition il y a 25 ans, les hypothèses vont bon train sur ses potentielles œuvres, collaborations, etc. En ce qui concerne Robert Glasper, les choses sont claires : il a déclaré qu’il ferait probablement partie du groupe du trompettiste. Et c’est ainsi qu’il a conçu l’album Everything’s Beautiful, à l’occasion de ce qui aurait été le 90ème anniversaire du maître. Au lieu d’un remix, cet album reprend les idées et la vision de Miles Davis pour les transposer à notre époque et la refléter. En bref, ce qu’il aurait joué aujourd’hui, empreint de ce regard novateur et de cette volonté de fusionner les genres. Une approche que partage Robert Glasper dont le style innovant s'est forgé en mêlant jazz, hip hop, soul et R’nb.

Au service de cette vision, le pianiste a réuni un casting éclectique où Stevie Wonder figure aux côtés d’étoiles montantes comme Laura M’Vula ou le trio KING. Des valeurs sûres de la soul actuelle (Bilal, Erykah Badu) sont également de la partie. Ils ont donné de la voix sur un album qui réunit par ailleurs samples, passages parlés (« Talking Shit ») et extraits du catalogue de Miles Davis. Parmi la pléthore de musiciens qui a contribué avec ce dernier, John Scofield a répondu présent sur le très entraînant « I’m Leaving You », où il accompagne de sa guitare et de son légendaire talent la voix d’or de Ledisi. Le groupe Hiatus Kaiyote se distingue également en reprenant le mystique « Little Church » dans une ambiance éthérée. Tout aussi aérien, le morceau « Song for Selim » avec le trio KING s’envole vers des latitudes où le temps semble suspendu.

Si l’on ne s’attarde pas sur « Maiysha » avec Erykah Badu, une bossa qui manque de « coulant » et d’une certaine délicatesse, on se réjouit d’entendre Stevie Wonder à l’harmonica sur « Right On Brotha », sublimé par de joyeuses notes de harpe. Le chanteur Bilal marque aussi de son empreinte cet album grâce à sa voix singulière (« Ghetto Walkin’ »). Mais tout ça ne serait pas du Robert Glasper sans la touche hip hop ! Elle est notamment apportée par le rappeur Phonte sur « Violets » qui reprend un passage au piano de « Blue In Green », un morceau qui vous fera probablement hocher de la tête en rythme.

L’approche extrêmement éclectique de l’album pouvait susciter une certaine appréhension mais le choix d’artistes aux univers si différents fait finalement sens. Sous la houlette de Robert Glasper, Everything’s Beautiful reste harmonieux. Encore une réussite du pianiste texan !

Fara Rakotoarisoa

Robert Glasper, Everything's Beautiful, Columbia/Legacy, 2016

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