L'année 1998, c'était plutôt une chouette année. La France sort championne de la coupe du monde de foot. On fête le 50e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'homme. Titanic paraît en salle le 7 janvier. Et les vins de Bordeaux, de Bourgogne et de Champagne s'avèrent être de très bons crus. Chouette année, oui. Mais ce qui vous a peut-être échappé, c'est que le petit homme d'Orange, accessoirement connu pour être un super bon pianiste, filait en douce aux States et désertait l'hexagone. On peut pas tout savoir..

Petit retour en arrière : 1997. Both Worlds sort dans les bacs. Et son titre ne ment pas, il y a bien là-dessous une histoire de mondes assemblés, abouchés, aboutés, arrimés, tout ce que vous voulez... Le quintet, cette fois-ci, sera mi-européen mi-américain. Ouverture, ouverture et la galère vogue ! Enregistrement en studio à New York. Puis (on va accélérer un peu), retour en 1998, ce fameux 10 juillet 1998 pour l'ouverture du bal du fameux North Sea Jazz Festival (que des têtes d'affiches, à tomber à la renverse..). Un fameux concert que le label Francis Dreyfus Music a ressorti aujourd'hui des oubliettes où il somnolait. Si vous avez aimé Both Worlds, foncez tête baissée dans le premier disquaire du coin, pourvu qu'il ait quand même un rayon jazz un peu conséquent et oubliez tout le saint-frusquin : Both Worlds Live vous comblera. A quelques pistes près, c'est Both Worlds. Version live. Et rudement bonne même !

En vrac, on retrouve l'intégration des cuivres (Denis Leloup au trombone et Flavio Boltro à la trompette) qui a fait la bonne recette de Both Worlds. Une couleur presque ellingtonienne avec un peu beaucoup moins de swing mais du swing quand même : « Cloé Meets Gershwin », pour ne pas citer la dernière piste « Take The « A » Train » qui ne vaut sans doute pas celle de Royal Battle mais ne mérite pas d'être dédaignée. Et surtout, la protéiformité d'un pianiste véloce, alerte, lyrique, capable de glisser à l'aise Michel dans l’impressionnisme d'un Debussy (« Colors »). Pour tout cela, lepremier disque mérite d'être écouté. Même si la discographie de Petrucciani prend la moitié de la place dans votre discothèque idéale. Parce que le batteur Steve Gadd, soutenu par le travail de basse d'Anthony Jackson, offre un cadre rythmique parfaitement ferme aux roucoulements crescendo et decrescendo de Petrucciani. Et qu'on retrouve aussi le plaisir d'un dialogue live, les interactions rivalisant de plus belle dans le partage et la communication. Une belle soirée debout.

Enfin pour clore le spectacle, vous trouverez en prime dvd live et cd bonus compilant deux enregistrements : le duo avec Steve Gadd sur « Little Peace In C For U » du Montreux Jazz Festival datant du 16 juillet 1998 et le concert du 15 septembre 1997 en compagnie du Hague Philarmonic sous la direction du maestro néerlandais Jurre Haanstra. Ma foi, un bel orchestre symphonique qui œuvre à faire surgir des compos de Petrucciani les vagues réminiscences du Sacre du Printemps de Stravinsky, entre deux plages tranquilles à l'épure pianistique si proche de l'école classique moderne que c’en est presque déroutant. Polyvalent le Michel ! Alors si ça c'est pas du plateau garni, je donne ma langue au chat.

Agathe Boschel

Michel Petrucciani, Both Worlds Live, Francis Dreyfus Music, avril 2016

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