Andy Emler fait partie de ces rares musiciens de jazz qui peuplent parfois les unes de la presse spécialisée en étant bien vivants. Une gageure par les temps qui courent. Quelque chose comme une star, une valeur sûre, une référence et son Megaoctet depuis 2000 n'y est pas pour rien, tant le groupe récolte éloges et louanges et hourras.

Obsession 3 , commande deradio teutonne, a eu l'heur d'être figé sur galette grâce au concours du beau et jeune label La Buissonne, qui pour l'instant redéfinit presque la notion de ''sans-faute'' dans le contexte délicat de la production jazz au XXIe siècle. Parce qu'Obsession 3 est dans la belle discographie du Megaoctet un beau cru, en forme de synthèse octogonale des chemins parcourus autant qu'en symbole d'une volonté farouche de les laisser ouverts, ces enfoirés de possibles.

L'album rappellerait s'il en était besoin que le Megaoctet fut et reste l'un des pionniers de démarches orchestrales aujourd'hui accaparées par un spectre obèse de la scène jazz : séquençage de l'écriture qui fait se heurter les registres, les influences et les couleurs (le rockocko ''Doctor Solo'', mais ce n'est qu'un exemple) ; antinomie belle du silence, du bruit et des unissons centrifugés ; jeux rythmiques où s'alternent le binaire, le ternaire ou le pluralisme des claves... Le tout porté par un Megaoctet toujours au cordeau de l'ambition d'un groupe généreux autant que séduisant : les bien connus et omniprésents Claude Tchamitchian et Eric Echampard respectivement à la basse et à la batterie, ce dernier bien aidé du percussioniste François Verly, le piano marteau-velours d'Emler, et une section de soufflants qui ne se départit jamais de son perfectionnisme enlevé. (Voir ci-dessous)

Tout cela serait déjà suffisant pour succomber à ce nouvel opus, mais le talent d'Emler et de ses huit compagnons de musique ne s'arrête pas au sang-froid du scientisme et du perfectionnisme, et entendent toujours lâcher l'ancre qui tient leur navire loin des mers. Les soli jouent un rôle premier dans la capacité qu'a Obsession 3 à conjuguer science, sensibilité et expressivité y compris sur cire : où l'on retrouve le talent individuel de chaque musicien dans un collectif bien rôdé, qui ne ronfle pas et regarde.

Agrémenté d'une production sobre et léchée de La Buissonne, Obsession 3 est à ce titre une excellente preuve de l'importance d'Andy Emler et de son Megaoctet dans tout un gros pan du jazz français et européen, qui ne se laisse jamais réduire à ses caricatures anti-swing et oecuménique, qu'on peut toujours entrevoir à la vanvole. Et l'on ne se désolera pas que de tels musiciens parviennent à se hisser dans les kiosques comme visage d'une musique qu'en tête de pont, ils contribuent légitimement à maintenir en vie.

Pierre Tenne

Andy Emler Megaoctet, Obsession 3, La Buissonne/Harmonia Mundi, 2016

Philippe Selam : alto saxophone

Guillaume Orti: alto saxophone

Laurent Dehors: tenor saxophone

François Thuillier : tuba

Laurent Blondiau : trumpet

François Verly : percussions, marimba

Eric Echampard : drums

Claude Tchamitchian : double bass

 

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