Suite au Double Entente (les mêmes moins Beuf) qui avait rencontré son petit bonheur mérité, Michel Perez et Diego Imbert remettent ça en trio en faisant appel donc à Sylvain (Beuf), saxophoniste qu'on ne présente plus : depuis un quart de siècle acteur majeur d'une génération dorée du jazz français avec qui il ne cesse de jouer et d'étonner, remarqué il y a à peu près quinze ans au sein d'un trio qui fit/fait grand bruit avec Frank Agulhon (batterie) et Diego Imbert (tiens, tiens...), désormais arrivé à sa plénitude, si l'on en croit le titre de son dernier album produit sur son propre label.

Les trois musiciens se retrouvent pour une session des plus bops dans l'esprit comme dans la lettre, y compris dans les dialogues avec des musiques plus ''exotiques'', tel le méditerranéen ''Tiko Tikos'' et son groove ternaire imparable que la rythmique déplie et déploie nickel chrome. A l'exception d'une reprise, épatante, de Lennie Tristano (''Lennie's Pennie''), toutes les compositions sont de l'un ou de l'autre des membres du trio, et parviennent dans l'ensemble à fournir une cohésion à un album équilibré, bien produit, finement pensé et interprété qui étale tout le métier de ces musiciens. Thèmes et arrangements déroulent une vraie voix dans une esthétique assez classique qui en devient intemporelle et séduira puissamment les amateurs du genre, qui y trouveront une variation sensible du trio basse/batterie/sax que célèbre Diego Imbert dans son bien-nommé ''Dream Team''. La libération du piano absent, ce terrain de jeu fécond.

Le classicisme d'ensemble n'empêche pas ces musiciens de s'amuser hors des circuits bornés du bop moderne, notamment Sylvain Beuf qui sort de sacrés soli (la ballade ''Intérieur Bleu''...) sur ce Triple Entente où il prend beaucoup d'espaces mais jouit d'une complicité presque atroce d'écoute avec le band, notamment Diego Imbert et son drive hors du temps. Un album bien chantourné donc, vêtu d'un classicisme si jazz dans l'esprit qu'on ne peut qu'y être sensible si l'on fait profession d'aimer cette musique, dont on a le loisir et la joie de pouvoir l'écouter encore sous cette forme aujourd'hui. Si certains chorus et certains thèmes convainquent moins et traduisent malgré tout une certaine inégalité de l'album, il n'en reste pas moins que ce trio-là – qui au passage permet de sortir de ces p.... de power trio envahissant les scènes et les backs ! - montre sa plénitude et son envie sans détour, avec un talent et une assurance qui a peu d'équivalent dans nos contrées.

Pierre Tenne

Michel Perez, Diego Imbert, Sylvain Beuf, Triple Entente, Trebim Music/IDOL, 2016

 

 

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