Bon en fait, je m'étais emballé : Ping Machine c'est tout pourri. (rires)

C'te blague... (bouh!!)

Soyons précis : l'orchestre sort simultanément deux disques, le premier fort ambitieux et ubiquiste, le second plus accessible sans doute, plus mutin certainement avec ce titre qui dénonce mieux que bien des discours la bien-pensance musicale du moment.1 Easy Listening, et les ascenseurs résonneront-ils enfin d'une musique à écouter ?

Easy Listening, comment dire... Le flirt constant avec l'exercice de style, comme cette magistrale superposition de claves rythmiques qu'est ''Pong'' (de Ping), agençant l'impossibilité mathématique comme d'autres enfilent du binaire. Policée, Ping Machine s'arrête au flirt et retire sa main : pas d'exercice de style, l'hypnose des reptations du naja. Oui monsieur. Easy Listening, je veux bien... J'ai pourtant du mal à croire que les 13 minutes d' « Alors, chut... » recueillent l'asile de RTL, soudainement conquise par les intros basse/percus de 3 minutes.

Du coup du coup du coup, une question est posée par Ping Machine. Ou pas, mais posons-la : cet Easy Listening plus fidèle à une certaine (et bonne) actualité de la musique orchestrale contemporaine, lorsqu'on le met en rapport avec son gémeau Ubik, que nous dit-il ? Qu'il y a une part de tromperie : la facilité d'écoute revendiquée est tout à la fois indéniable et reposant sur des fondations d'argile. Celui des cellules rythmiques, celui du traitement des timbres qui révèle une maestria rare dans l'intégration à la sonorité d'ensemble (cohabitation de riffs très rock avec du spectral, des fragments d'électro, une divagation très dans le ton du piano : il se passe plein de trucs), des phrases mélodiques toujours inattendues... Easy Listening, je veux bien... Alors appelons un chat un chat : un chat ; et Ping Machine nous raconte moins une musique accessible que l'étonnante facticité du formatage de nos oreilles, où Fred Maurin et ses ouailles se vautrent avec envie et talent pour en extraire une forme de synthèse aboutie des expérimentations orchestrales du moment, d'une générosité et d'une force immédiatement sensible et sentie.

Easy Listening donc : parce qu'en dehors de mes élucubrations, il y a de ça et beaucoup de plaisir pris avec, de la part des musiciens (toujours au top, évidemment) comme des auditeurs. Mais le fameux supplément d'âme, disons plutôt la force supérieure de l'album, réside à mon sens d'abord dans sa capacité déshopilée à proposer toujours deux, trois, quatre, tout un tas de niveaux de lecture jusque dans chaque solo de chaque musicien. Court (49minutes) et en forme de kaléidoscope, Easy Listening doit séduire (c'est un ordre) un grand public, non pas parce que l'orchestre se fait démagogue, mais parce qu'il pose les bonnes questions d'une musique savante en même temps qu'oecuménique et belle. Alors oui, à ce compte, Easy Listening, je veux bien.

Pierre Tenne

Ping Machin, Easy Listening, Neuklang, 2016

Bastien Ballaz (trombone), Stéphan Caracci (marimba, vibraphone, glockenspiel & other percussions), Guillaume Christophel (clarinette basse & saxophone baryton), Jean-Michel Couchet (saxophone alto), Andrew Crocker (trompette & bugle), Fabien Debellefontaine (flûte, clarinette & saxophone alto), Florent Dupuit (flût, flûte alto, piccolo & saxophone ténor) ; Quentin Ghomari (trompette et bugle), Didier Havet (trombone basse & tuba), Paul Lay (piano), Rafaël Koerner (batterie), Frédéric Maurin (guitare, guitare baryton), Fabien Norbert (trompette & bugle), Raphaël Schwab (contrebasse), Julien Soro (clarinette & saxophone ténor)

 

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