Le pianiste suédois Jan lundgren, dont le jeu se marie si bien avec celui de ses partenaires RichardGalliano et Paolo Fresu en d’autres contextes, rend hommage à un autre pianiste suédois inconnu en nos contrées : Jan Johansson. Au mitan des années 1960, en son pays, Jan Johansson - né en 1931 et disparu dans un accident de voiture en 1968 - connut un énorme succès avec son album Jazz Pa Svenska (Jazz In Swedish , 250 000 copies vendues). En avance sur son temps : l’époque n’étant pas encore préparée aux métissages des musiques, et Johansson réalisait une relecture jazz sans batterie ni swing au sens traditionnel des musiques d’essence folklorique suédoises, russes et hongroises.

Accompagné de son partenaire habituel, l’excellentbassiste Mattias Svensson, et d’un quatuor à cordes, tout en restant fidèle à l’esprit des relectures et des écrits de Jan Johansson,  Jan Lundgren impose sa propre identité dans ses interprétations de ces airs populaires.

Enregistré live, face à un public sensible aux mélodies traditionnelles qui s’étaient insinuées dans les interstices de la mémoire collective, ce programme souligne que les peuples de tous temps ont ressenti le besoin des airs festifs de danse bien qu’un certain lyrisme anxiogène ne manque pas de percer ici et là.  Les escapades du piano évitent de sombrer dans un simplisme folklorisant et l’excellent quatuor à cordes souligne à l’envi les réminiscences nostalgique de certaines mélodies, souvent d’origine russe (ce sont celles–là qui vont se loger en nos neurones).

Un album qui mérite largement un détour.

Philippe Lesage

Jan Lundgren, The Ystad Concert : a tribute to Jan Johansson, Act, 2016