Outre qu'il possède un nom qu'on aimerait entendre crié par un Uruk-hai d'Isengard, Kalle Kalima fait partie de ces musiciens touche à tout méritant meilleur presse. Moins parce qu'on aime tout ce qu'il fait que parce qu'on aime qu'il fasse tant de choses bonnes, et participe à cette carte méconnue du jazz que dessinent des parcours au nombre presque infini qui en sont sans doute l'isométrie réelle. Ouais.

Le guitariste finlandais a croisé la route de bien des gens : sa carrière commence en collectif à Berlin à la fin des années 90 entre son propre groupe (K-18, aux intérêts très cinématographiques) et le Jazzanova qui fut ''découvert'' par Gilles Peterson, avant de se frotter ces dernières années à d'autres scènes dont High Noon est d'ailleurs l'une des illustrations. Après sa participation au bel Occupy the World de Wadada en 2013, ce trio est en effet l'occasion de montrer que le guitariste a gagné une maturité indéniable et sait joindre ses influences diverses dans un projet qu'on sent vrai, faisant dès son line up le lien entre les scènes qui sont les siennes : Greg Cohen à la basse, qu'on a surtout vu du côté du Masada de John Zorn (mais aussi plein d'autres côtés) et le tout-juste-trente-ans Max Andrzejewski, jeune prodige berlinois derrière les fûts. Un monsieur à suivre.

Biographie : checked.

High Noon est donc l'un des premiers travaux en leader du guitariste véritablement accessible pour le public français : grand merci Act. Kalle Kalima, dans une esthétique très rock-prog-jazz-pop (si si) qu'on lui a déjà entendue, y explore un imaginaire western. Country-jazz, selon l'intéressé, tissée de reprises du répertoire populaire, voire très populaire (''Hallelujah''...) mais avec du Sibelius, ce qui est bon. Tempi forts lents, arrangements léchés, différenciation forte des voix au sein de nappes harmoniques planantes, tout pour créer une couleur contemplative qu'on imagine mal comme bande-son d'un John Wayne ou d'un Clint, mais pourquoi pas ? Aidé par une rythmique aussi inébranlable et fiable que l'orthogness, Kalle Kalima fait parler sa technique et sa clarté : harmoniques déliées (''El Paso''), jeu en octave, triades, utilisation des effets pour ajouter ses couleurs méditatives. Efficace.

Donc bon ! Il y a de quoi faire dans High Noon, mais on ne m'empêchera pas de penser que, malgré tout, l'emprunt à un répertoire pip pup pop restreint l'intérêt d'un album qui dès lors s'étire en longueur sans savoir toujours se renouveler ; réservant des arrangements similaires à chaque titre, qu'ils soient composés, empruntés à Sibelius ou Jack Thorp. Comme tant d'albums actuels, le concept du projet dessert un peu la force du propos musical, mal encadré par une production trop précautionneuse sans doute. Oui, ma gueule. C'est dommageable, dans la mesure où l'album contient des passages fort enthousiasmants ; et surtout pour cette pochette géniale qui rappelle que c'est le printemps, cette saison où on boit du rouge et fume des clopes le zob à l'air.

Pierre Tenne

Kalle Kalima, High Noon, Act/Harmonia Mundi, sortie le 5 février 2016

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