Sarah Vaughan nous a quittés le 3 avril 1990, à l’âge de 66 ans. On peut se demander, parfois, si elle est entrée définitivement dans une forme de purgatoire ou si sa figure reste une référence pour la jeune génération. Pour les plus anciens, elle est toujours «  La Divine », la plus musicienne des chanteuses de jazz, celle dont la sophistication du vibrato, la qualité des modulations, le timbre chaud, la maîtrise vocale parfaite trouvaient une explication dans une tessiture exceptionnelle de plus de trois octaves. Comme le rapporte Alain Gerber dans le livret, elle disait en substance : «  j’ai appris à disséquer la musique, à analyser les notes et à les recomposer entre elles. Ainsi, j’en suis venue à m’exprimer de manière différente de toutes les autres vocalistes. Dès que j’entends un arrangement, il me donne des idées, un peu comme si j’étais un souffleur. Je crois que je n’ai jamais chanté un air deux fois de la même façon ». Cette liberté d’exécution musicale, qui valorise plus la musique que les paroles, elle l’a apprise aux côtés de musiciens majeurs : Earl Hines, Billy Eckstine, et de ceux qui étaient les «  jeunes loups «  du be bop en gestation Parker et Gillespie.

 

Celle qu’on surnommait «  Sassy » (l’effrontée) ou «  Matelot » pour son langage de charretier qui camouflait sa timidité et lui permettait d’affronter le monde machiste de musiciens, a alterné, tout au long de sa carrière, disques cross over et albums au parfum purement jazz. C’est bien sûr ce dernier volet que propose le booklet BD Jazz, avec un texte introductif d’Alain Gerber, des planches BD d’une belle qualité graphique de Sera & Aranthell et deux CD (choix des titres réalisé par Claude Carrière).

C’est lorsqu’elle est accompagnée par un trio qu’elle distille au mieux tous les éclats de son talent même si, subjectivement, on l’adore dans l’album paru chez Emarcy Records en un contexte de Sextet où elle a pour partenaire Clifford Brown. Le premier disque, qui couvre la période 1944-1957, s’ouvre sur une des quatre plages enregistrées, pour Continental, le 31 décembre 1944, avec le Septette de Dizzy Gillespie où le piano est tenu par Leonard Feather, surtout connu comme l'un des plus importants critiques de l’histoire du jazz et qui fut le catalyseur de la séance. Des Huit titres du trio composé de John Malachi, Joe Benjamin et Roy Haynes en avril 1954 on retiendra «  Shulie A Bop », «  Lover Man », «  Prelude to a kiss » d’Ellington et «  They can’t take That Way From Me «  des frères Gerschwin. De l’’album de décembre 1954, que je citais plus haut, avec Clifford Brown, Paul Quinichette ( ts), Herbie Mann( fl), Jimmy Jones (p), Joe Benjamin ( b) et Roy Haynes ( dr), on s’émerveillera du «  September Song » et de la qualité de l’interplay des souffleurs .

Le second disque, qui couvre la courte période 1957- 1958, offre neuf plages avec le trio Jimmy Jones/ Richard Davis/ Roy Haynes puis sept titres de mars 1958 avec des membres du Count Basie Orchestra (à la trompette Thad Jones et Wendell Culley, au trombone Henry Coker et Frank Wess au tenor sax, Ronnel Bright ( p), Richard Davis ( b), Roy Haynes ( dr). Soit un art sans affectation ni sensiblerie. De quoi donner envie de retourner à l’album Sassy Swings The Tivoli qui reprend les concerts donnés en juillet 1963 à Copenhague et qui reste un des sommets de son art.

Philippe Lesage

Sera & Aranthell, Alain Gerber, Sarah Vaughan, BD Music, 2015

 

 

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